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L’humain et l’évolution

J’ai précédemment discouru sur notre place face à ce qui nous entoure de façon générale. Mais il me semble intéressant de me pencher sur cette même question en prenant un autre point de vue. L’homme, comme la totalité des espèces vivantes, est issu de l’évolution d’espèces différentes par mutation aléatoire et sélection naturelle conduisant à une modification de celles-ci. C’est là un phénomène constant, totalement imperceptible à notre échelle de temps, sauf peut-être sur certaines souches de virus et autres bactéries qui développent par exemple des résistances aux remèdes que nous leur opposons. Il s’applique en théorie à tout ce qui vit, dans la mesure où il s’agit de l’opposition des individus pour transmettre leur patrimoine génétique à la génération suivante, quelques en soient les moyens. Ici est une des choses dont je vais traiter : comment, de ce but purement égoïste peuvent émerger des comportements altruistes, que nous pouvons désigner ici sous le terme de morale ?

La réponse me semble aisée à trouver, c’est pourquoi il me faudra ensuit discourir d’autre chose. Commençons donc. En la matière, la première question qu’il te faut te poser est : quel avantage est-ce que j’en tire ? Comment suis-je favorisé si j’aide quelqu’un ? En entrant très prudemment dans une logique d’opposition pour en ressortir aussitôt car elle est dangereuse ici, il est possible de se demander : en quoi la morale me lèse-t-elle lorsque je me fais aider ? La réponse à cette dernière question me semble être que je suis redevable à celui qui m’aide, car en échange de son service, je lui promets, explicitement ou implicitement un service en retour. Ce retour de service est donc une première bonne raison d’aider les autres même en se positionnant dans une posture purement égoïste.

En partant de ce principe, on peut dire que cela forme les bases de toute société humaine, la fondant sur la mutuelle redevabilité des individus qui la composent, qui se fortifient mutuellement car pour recevoir de l’aide, il faut s’arranger pour que celui dont on l’attend soit en mesure de la fournir, soit peut-être l’aider auparavant même dans un autre domaine. Mais je dirais pour ma part qu’il existe une autre raison encore plus basique qui nous avantage lorsque nous aidons un autre individu. C’est que cet individu, de par sa simple appartenance à la même  espèce que nous transporte une partie de notre patrimoine génétique, ce qui est d’autant plus vrai s’il appartient au même groupe que nous, ce qui recoupe le raisonnement que je viens de tenir en nous avantageant d’autant plus lorsque nous aidons nos proches.

J’ai annoncé que les phénomènes à l’origine de l’évolution des espèces s’appliquaient en permanence à touts les individus de toutes les espèces. Il me faut cependant modérer le caractère absolu de cette déclaration. Il existe en effet peut-être une exception : notre propre espèce, l’humain. Notre mode de vie nous permet en effet de permettre à des individus parfois lourdement handicapés physiquement ou mentalement alors qu’ils n’auraient eu aucune chance sans les structures mises en place par nos civilisations. En leur fournissant aide et assistance, nous assurons leur subsistance et parfois la transmission de leurs gènes. Les gènes porteurs d’un dysfonctionnement peuvent donc se transmettre plus librement et davantage se perpétuer.

Ne t’y trompes pas lecteur, ceci n’est nullement un appel à l’eugénisme. L’eugénisme consiste à éliminer par nous-mêmes certains caractères génétiques. Je vois pour l’instant deux raisons de l’éliminer situées hors de la morale. Il faut remarquer que certains caractères n’ont pas que des effets négatifs : je veux pour exemple le cas de l’anémie falciforme qui donne aux globules rouges une forme de faucille, diminuant l’efficacité du transport de l’oxygène dans le sang et engendrant affaiblissement et retard de croissance. Si le gène responsable de cette maladie est présent en deux exemplaires, le fœtus n’est tout simplement pas viable. En revanche, cette anémie protège contre certains des effets du paludisme, entrainant notamment en Afrique dans les régions où cette celui-ci est très fortement présent de grandes concentrations de cas d’anémie car la sélection naturelle favorise les individus présentant cette altération génétique.

Ainsi, un dysfonctionnement d’origine génétique peut très bien avoir certains avantages qu’il convient de conserver dans les possibilités de notre espèce. L’humanité pourrait très bien un jour devoir sa survie à ce qui était auparavant considéré comme une déficience, notamment en cas d’apparition d’une nouvelle maladie. Ne caricaturons pas : je doute que seuls les individus porteurs d’une telle déficience ne survivent si c’était le cas. Mais ils pourraient être indispensables à la mise au point de traitements adaptés en permettant l’identification d’une molécule protectrice qu’ils produiraient par exemple. Ne sachant pas quels gènes peuvent s’avérer utiles dans l’avenir, il est inutile de gaspiller nos moyens à tenter d’appauvrir notre patrimoine génétique. Attention cependant car il ne s’agit que d’une conclusion provisoire car se passant de la morale. Sans guère développer, je dirai qu’en prenant en compte celle-ci, donc la souffrance des malades, il faudrait développer tous les traitements possibles contre ces maladies, y compris et surtout la thérapie génique. Dans le cas où la maladie peut être dépistée avant la naissance et est incurable et lourde, l’avortement n’est pas à écarter, surtout si ce gène doit être présent en double exemplaire pour déclencher le maladie.

Mon second argument est celui-ci et vient en complément du précédent : le jeu n’en vaut pas la chandelle. J’ai déjà annoncé qu’il était selon moi potentiellement néfaste à long terme d’éliminer toute trace d’une maladie génétique. Mais admettons que nous nous y attelions malgré tout. Il nous faut pour y parvenir empêcher le gène ciblé de se transmettre aux générations suivantes. Nous commencerons donc idéalement par un dépistage, obligatoire dans l’idéal, sur l’ensemble de la population. Premier défaut : ces tests ne sont jamais totalement fiables, et laissent passer certains cas positifs et surtout donnent bien plus de résultats positifs n’ayant en réalité rien du tout que de positifs ayant effectivement quelque chose. Mais admettons que nous soyons prêts à empêcher de se reproduire une part bien plus importante que de raison de notre population. Mais comment ? Le dépistage est déjà très cher. Le plus simple et le moins cher serait de les tuer. Mais nous nous éviterons la plupart des ennuis moraux en nous contentant de les stériliser. Très bien, nous avons maintenant quasiment exterminé la maladie. Mais le test n’est pas totalement fible, tout le monde n’a pas pu le passer… Il faut donc pour parachever le travail continuer le dépistage et la stérilisation sur plusieurs générations dès la naissance, stérilisation devant s’appliquer au nouveau-né porteur du gène, même non malade, comme à ses parents, car au moins l’un d’entre eux est porteur de la maladie. Et même ainsi, l’éradication est incertaine. Oh, j’oubliais : ce processus doit être appliqué à l’échelle mondiale ou la maladie pourra repartir n’importe quand depuis les foyers restants.

Nous obtenons donc une débauche de moyens incroyable pour une seule maladie. Si l’on considère que comme vu précédemment cela n’est pas nécessairement de la plus grande utilité, que d’autres traitements du problème peuvent être mis en place pour le même coût (car ne s’appliquant qu’à la population présentant les symptômes de la maladie) et enfin que les méthodes de l’eugénisme sont répréhensibles par la morale, tout cela ne vaut vraiment pas la peine. Sans compter que les individus stérilisés et leur famille deviendront des ennemis du pouvoir politique nécessaire à la mise en place d’un tel système, ce qui fragilisera le-dit système, l’empêchant éventuellement de poursuivre ses objectifs et donc rendant toute cette débauche d’argent vaine. Face à cela, le soin de la maladie entraîne la bienveillance de ceux qui sont soignés et de leurs proches, renforçant d’autant le système.

Nous avons donc commencé par voir que du point de vue de l’évolution, la morale était pour nous nécessaire car garante de la société qui est indispensable à chacun d’entre nous. Nul humain ne saurait survivre sans l’aide de ses semblables. L’isolement dégénère même chez certains en mélancolie. Ayant considéré l’évolution, l’homme et la morale, nous avons ensuite dérivé vers le champ des divagations engendrées par l’évolution qu’engendre la morale à savoir l’eugénisme, que nous avons trouvé contre-productif, cher et dangereux.

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  1. Maeglyr
    4 janvier 2011 à 15 h 54 min

    Juste une chose que j’ai très bien comprise :
    « En revanche, cette maladie protège contre certains des effets du paludisme, entrainant notamment en Afrique des régions où cette maladie est très fortement présente car la sélection naturelle favorise les individus présentant cette altération. »

    Si ces individus possèdent une protection contre la maladie, ne devrait pas elle être moins présente ?

    • 5 janvier 2011 à 11 h 12 min

      L’anémie falciforme protège des attaques au cerveau que peut engendrer le paludisme (source Wikipedia). Ceux qui ont cette maladie (l’anémie falciforme) sont donc favorisés face au paludisme, et ont donc plus de chances de transmettre leur génome (sélection naturelle, je ne le refais pas). Donc dans les régions où on a beaucoup de paludisme, on retrouve beaucoup de cas d’anémie falciforme.

      J’avoue que je n’ai pas été très clair là-dessus. Je vais de ce pas modifier légèrement mon texte pour être plus compréhensible…

      • Maeglyr
        5 janvier 2011 à 11 h 14 min

        Merci, je vois plus clair !

  2. Maeglyr
    4 janvier 2011 à 15 h 55 min

    Oups : « Juste une chose que j’ai PAS très bien comprise : »

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