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De la morale en société

Le texte présent ne pourra pas prétendre à être objectif. Tu me diras, lecteur, que de toute façon rien ne peut être parfaitement objectif dès lors qu’il s’agit du produit d’un esprit humain et tu auras en cela raison. Mais ici le simple sujet traité me semble trop conditionné par mon passé, ma culture, ma vision du monde pour n’avoir ne serait-ce qu’un semblant d’objectivité. Mais je vais néanmoins tenter l’exercice. Car je vais ici traiter de morale, des règles à suivre en société. La notion si différente entre les diverses sociétés humaines qui fait que pour l’un mieux vaut mourir qu’être déshonoré (vaste notion que l’honneur également, dont je ne parlerai pas plus ici), alors que l’autre sera préparé à toutes les bassesses pour atteindre ses fins pour peu qu’il les estime bonnes, bassesses que son entourage se dépêchera d’oublier en cas de succès.

Lorsque je parle d’honneur, je ne parle évidemment pas de « ça ».

Si je me hasarde sur un terrain qui me semble aussi glissant, c’est que j’en ai d’ores et déjà posé les bases en évoquant à propos de l’univers puis du cas plus particulier de l’évolution des espèces en montrant que la morale nous était indispensable. Ces deux analyses se voulaient parfaitement froides et abordaient des points parfois délicats sans même aborder l’aspect moral de la chose. C’est pourquoi je me suis décidé à rédiger ce texte. Mais comment traiter de la morale ? Il s’agit d’un bien vaste sujet. Tu me permettras donc, je l’espère de ne pas en évoquer tous les aspects. Voyons donc un cas particuliers où il existe un consensus puis un ‘autre plus controversé qui nous permettront de dégager quelques pistes.

En matière de cas moral répréhensible par toutes les cultures je me contenterai de citer le meurtre.Pourtant je me suis amusé, lecteur et je te conseille d’en faire de même, à poser autour de moi cette simple question : « Pourquoi n’a-t-on pas le droit de commettre un meurtre ? ». J’ai obtenu étonnamment peu de réponses plus construites que « Parce-que c’est mal ». Mettons cela sur le compte de la surprise. L’interdit du meurtre est si profondément ancré dans la plupart des mentalités que la remise en question de celui-ci est tout simplement impossible. Seule une très forte émotion peut éventuellement et de façon passagère le lever. Je me demande même s’il ne ferait pas partie de ce qu’on pourrait appeler chez les animaux l’instinct (bien que pour moi, quoi qu’on en dise, les hommes étant des animaux, ils ont un instinct, même atténué mais passons, là n’est pas le sujet). Sur ce phénomène, deux questions intéressantes se posent selon moi : la première, déjà formulée est ce fameux « Pourquoi la société interdit-elle le meurtre ? ». La seconde serait le pourquoi de ce pourquoi, ou plutôt « Comment cet interdit s’est-il mis en place ? ».

Je vais d’abord répondre à la seconde question. Je tends à penser qu’elle est équivalente à la question « Où est l’intérêt pour l’Humanité à interdire le meurtre ? », qu’il me semble avoir déjà traitée dans les articles précédemment cités. Pour répondre brièvement, nous ne tuons pas parce-que, dans le cadre d’une tribu primitive, à savoir le cadre maintenant élargi où l’homme a fait son évolution, il existe une forte proximité génétique. Donc, tuer son prochain (mot que j’emploie au sens littéral, à savoir proche) revient à détruire la possibilité qu’a une partis de son patrimoine génétique de s’exprimer dans l’avenir. J’en veux pour preuve que tuer à un adversaire à la guerre est considéré d’une toute autre façon, et même bien souvent glorifié. Dans ce cadre primitif, éliminer le membre de la tribu voisine (dont je signale qu’il a avec toi une certaine proximité génétique de par les échanges inévitables entre voisins) qui tente de voler des mettons des vivres est préférable que de le laisser ainsi menacer l’avenir de ta tribu toute entière qui est plus proche de toi que lui ne l’était.

L’un des fantasmes provoqués par la peur du meurtrier. L’image est moche, je sais, c’est exprès.

Traitons maintenant de la première question, que je peux maintenant reformuler sous la forme de « Comment se traduit cet intérêt dans l’esprit humain ? « . Il me semble que la réponse se traduit en un simple mot : l’empathie. La capacité à ressentir ce que l’autre ressent. Ce n’est ici que l’une de ses nombreuses applications, avec par exemple le fait qu’elle nous fait vouloir le bien d’autrui (et surtout qu’autrui nous veut du bien, autrement plus important pour nos gènes). L’empathie nous fait donc ressentir la souffrance de celui que nous tuons, sa peur, la tristesse de ses proches, leur sentiment de perte… Bref tous les sentiments négatifs associés à la mort. C’est ainsi que la mort d’un seul individu touche toute une communauté. Cette communauté est ainsi agressée par le meurtre. Il est donc normal qu’elle réagisse en agressant à son tour le coupable. Selon le niveau d’évolution de la société, cela va du simple lynchage au procès suivi de l’incarcération du coupable.

Je me permets ici une brève parenthèse à propos des meurtriers méthodiques et froids, sans remords comme peuvent l’être par exemple les tueurs en série ou les tueurs à gages. Je l’annonce d’entrée de jeu, ils sont fous. Fous au sens où il y a quelque chose chez eux qui ne fonctionne pas normalement. Ce quelque chose peut être par exemple l’empathie. Normalement, le tueur est aux premières loges du meurtre. Il ressent donc très fortement toutes les émotions engendrées. Il peut les ignorer momentanément si une émotion comme la peur ou la colère le domine. Mais une fois cette émotion évanouie, ses souvenirs reviendront le hanter. Chez un tueur en série, les émotions ressenties sont du plaisir et le poussent à recommencer. Chez le tueur à gages, il n’y a rien, soit qu’il a l’habitude, soit que ce soit un manque inné, son empathie n’est pas ou plus assez forte pour lui faire ressentir la souffrance de sa victime. Ce sont là deux cas de folie, mais ils n’excusent en rien les actes. Ceux qui les commettent sont parfaitement conscients de ce qu’ils font, responsables de chacun de leurs actes. Il convient donc de les traiter en conséquence afin de s’en protéger par la loi.

Mais tout n’est pas toujours aussi tranché que dans le cas d’un meurtre. Prenons les végétariens et leurs équivalents plus extrêmes adeptes du végétalisme voire du véganisme : ils tendent à considérer les animaux comme des équivalents de l’homme, qu’on ne devrait pas manger, et selon les végans, pas exploiter (ce qui en fait ici les supérieurs de l’homme, car l’homme lui même doit se montrer utile à la société. A moins de les laisser retourner à l’état sauvage, ce qui serait cruel car ils n’auraient aucune chance de survie, nous nous ferions les serviteurs de nos animaux) Je n’ai pour ma part aucun cas de conscience à manger de la viande, qui fait partie de l’alimentation naturelle de l’homme, mais pour ces gens là, il s’agit de quelque chose de mal. D’un meurtre même selon certains. J’ai même vu une fois déclarer « Auschwitz, c’est partout on voit un abattoir et qu’on se dit : Ce ne sont que des animaux ». Absurde. Je peux dire en n’allant guère plus loin : « Auschwitz, c’est partout où on voit un être multicellulaire et qu’on se dit : Ce ne sont que des microbes ». Je considère ici que la quantité compense la qualité.

Nous en éradiquons quelques millions par jour… N’est-ce pas horrible ?

Pourtant, le fonctionnement des sociétés humaines ne leur permet pas d’avancer sans réponse claire à ce genre de questions. Il lui faut donc un outil, un moyen de trancher et définir ce qui est acceptable et ce qui ne l’est pas, et tant qu’à y être pour se défendre contre ce qui set inacceptable. Cet outil, existe, il est même omniprésent, s’intéressant à tous les aspects de la vie de tout un chacun. C’est la loi. Pourtant, la loi porte des jugements moraux. Ces jugements ne peuvent avoir prétention à être objectifs. De plus, elle peut être un outil puissant, surtout utilisée à de mauvaises fins. C’est pourquoi il faut que tout un chacun puisse être en mesure de la contester lorsqu’il en est frappé, car sinon nul ne risque de le faire pour lui. C’est pourquoi j’estime que la récente possibilité qui a été donnée en France de faire appel devant le Conseil Constitutionnel si l’on estime que l’on est poursuivi en vertu d’une loi inconstitutionnelle est une excellente chose. Hélas, il peut s’écrire des lois à la fois potentiellement injuste et constitutionnellement valables. C’est au législateur d’y prendre garde, et à l’exécutif de s’en servir avec sagesse. Las, ce n’est pas toujours le cas.

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