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Maux en tous genres ciblés

Libéralisme : Le libéralisme est un courant de pensée de philosophie politique qui affirme la primauté des principes de liberté et de responsabilité individuelle sur le pouvoir du souverain.  (Wikipédia)

Si je te parle, lecteur, de libéralisme, sans doute penseras-tu à l’économie qui, selon certains, se doit de se libérer du carcan des États. Un un sens, tu auras raison, car tel est le sens qui lui est le plus souvent octroyé. Mais quelle atroce mutilation d’un concept pourtant si merveilleux à l’origine ! Cette idée qui prône l’amour des libertés individuelles ! Le libéral ne devrait pas être un économiste, mais un humaniste, souhaitant la souveraineté de chacun sur le fil de son destin, voulant l’amélioration de l’Humanité dans son ensemble. Liberté d’expression, liberté de réunion, liberté d’opinion, tels devraient être les maîtres mots de celui qui se dit libéral, et non la seule liberté d’entreprendre ! Cette liberté si étroite (car une société composée uniquement d’entrepreneurs ne serait pas viable), et n’étant même pas au rang des libertés fondamentales de l’Homme !

N’étant pas spécialiste de la question, je ne m’aventurerai pas à établir l’histoire de ce glissement de sens, pourtant sans doute aucun fort intéressant. En revanche, je peux lister les conséquences qui me viennent à l’esprit. Le premier et le plus évident d’entre eux est qu’il n’existe plus de terme précis pour désigner celui qui se bat pour la liberté de chacun. Certes, il lui est possible de se désigner comme un libéral, mais ce faisant, il s’expose à se trouver identifié à des idées et des comportements qu’il rejette. La seconde, c’est que celui qui défend la liberté d’entreprendre au détriment des autres libertés, même plus fondamentales, est considéré comme libéral, et non celui qui, plus épris de liberté, préfère encore sacrifier son esprit d’entreprise plutôt que de léser la liberté d’expression (au hasard) d’autrui. N’est-ce pas là un comble, lorsque l’on sait l’origine du terme ?

Une autre conséquence est particulièrement insidieuse : en effet, malgré le glissement de sens, il s’est conservé, tout au moins dans certaines catégories de la population, l’idée que le bon représentant du peuple se doit d’être libéral. Cette idée, on ne peut plus vraie à l’origine, s’est ainsi pervertie, perdant la majeure partie de son sens de départ. Cela, couplé au fait que les élites économiques, qui ont une meilleure éducation, ont également plus de chances de parvenir au pouvoir, et sont donc tentées de favoriser leurs semblables entrepreneurs. Cela se traduisant par exemple, mais pas seulement, par une dérégulation des modalités d’emploi (je pense ici très précisément au Cours Préparatoire d’Elite). Mesures qui, si elles sont en effet très favorables à la liberté de l’entreprise, le sont en revanche nettement moins pour celles de tout un chacun.

Je ne peux pas non plus m’empêcher de mettre ce glissement sémantique en rapport avec la tendance qui consiste à cesser de considérer que le service publique se doit, autant que faire se peut, de rendre service du mieux possible à la population, mais avant tout d’être rentable. Or, si la rentabilité est une nécessité, ce n’est vrai que pour les entreprises privées. Une entreprise privée a pour but de générer des bénéfices, avec une politique agressive visant à inciter les clients à s’offrir ses services. Seulement, à cause de son ampleur et de sa nature, un État juste ne se gère pas à la façon d’une entreprise. Les déficits, s’il y en a, se comblent par l’augmentation des recettes, donc des impôts. Seulement, nul n’apprécie de donner son argent gratuitement. Mais les impôts ne consistent pas en cela, ce n’est qu’une impression. Il s’agit en effet, avant tout de le partager. Nous bénéficions tous des services publics. Quant au fait que les plus riches soient plus lourdement imposés alors qu’ils ont moins besoin des services publics, il se justifie par la solidarité, laquelle assure toujours en partie la cohésion d’une société de la taille d’une nation.

Pourtant, nombreux sont les politiques qui prônent une réduction des impôts. Cela s’explique par de nombreux facteurs : le premier est l’impopularité des taxes en tous genres, aussi les réduire assure de plus grandes chances de se voir élu. L’autre provient du fait que les élus sont le plus souvent issus des classes les plus riches de la population, et ne se sentent solidaires qu’avec eux-mêmes et leurs amis possédant autant si ce n’est plus de richesses qu’eux. Si le premier facteur est excusable (ce ne sont que des promesses), le second est lui bien plus grave. Il s’apparente en effet à la corruption, car c’est une motivation contraire aux intérêts de la majorité qui a fait l’élu. Cela va de paire avec les politiques qui, tout en réduisant les moyens alloués aux services publics de base tels que l’éducation ou les soins, se permettant de multiplier commissions et autres organismes qui combinent systématiquement fonction obscure, membres proches du pouvoir, et salaire mirobolant de ceux-ci.

La corruption commence en effet dès lors que l’on favorise ses amis à l’aide des moyens alloués par une fonction publique. Il convient certes de récompenser ceux qui nous aident, mais avec des moyens qui nous appartiennent en propre, et non à l’aide de ceux qui nous sont prêtés par le peuple. Cela est d’autant plus vrai que l’amitié s’achète, entrant ainsi dans la corruption caractérisée. La corruption des dirigeants est le pire fléau que puisse subir un pays : en effet, ce sont tout ses citoyens qui en sont affectés. Un détournement de fond, par exemple, est difficile à repérer, et plus encore à récupérer. Il existe certes amendes et peines de prison pour ces délits, mais elles sont à mon sens plafonnées bien bas : ce sont là selon moi des crimes pires que le meurtre, qui ne touche lui qu’un nombre restreint de personnes (sauf exception), à savoir la victime et ses proches. Les peines encourues pour corruption se devraient d’être extrêmement lourde, non pour dissuader totalement, ce qui serait illusoire, mais pour que le ratio des risques de se faire prendre et de la peine encourus par rapport aux bénéfices que l’on peut en tirer soit en faveur de la société, et non du criminel.

Ne t’y trompes pas : si je fais l’apologie de la répression, c’est de la répression du pouvoir dont je parle, et plus précisément de ses abus. J’ai ici pris l’exemple de la corruption, mais tout abus de pouvoir, de quelque nature qu’il soit, se devrait à mon sens être puni de telle sorte que celui qui détient ce pouvoir le perde, et ne puisse jamais le récupérer. C’est là, je le reconnais, une position extrême, mais dont je ne peux me départir, tant ma méfiance vis à vis de tout pouvoir et mon dégout quant à la façon dont ils sont appliqués sont grands.

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  1. krokenstein
    2 mai 2011 à 9 h 35 min

    « Les peines encourues pour corruption se devraient d’être extrêmement lourde, non pour dissuader totalement, ce qui serait illusoire, mais pour que le ratio des risques de se faire prendre et de la peine encourus par rapport aux bénéfices que l’on peut en tirer soit en faveur de la société, et non du criminel. »

    « C’est là, je le reconnais, une position extrême, mais dont je ne peux me départir, tant ma méfiance vis à vis de tout pouvoir et mon dégout quant à la façon dont ils sont appliqués son grands. »

    C’est une position qui semble extrême, mais qui, d’un point de vue mathématique, est très juste. Toutefois, plutôt que ça soit tarifaire, les amendes et autres peines devraient être proportionnelles à la hauteur des gains obtenus/gains espérés (un peu comme les excès de vitesse)

    • 7 mai 2011 à 8 h 42 min

      Je n’ai en fait exprimé ici que la version modérée (si l’on peut dire) de mon opinion.
      Il m’arrive parfois même de penser lorsque je suis d’humeur particulièrement mauvaise ou retorse que ces peines devraient être tellement lourde qu’elles empêcheraient à tout jamais le coupable de nuire à nouveau de cette façon.
      Sans aller jusqu’à la peine de mort (quoique dans certaines dispositions d’esprit particulièrement extrêmes… je ne réprouve pas cette pratique de Staline) mais par exemple en confisquant tout ses biens, sauf le minimum vital. Ou encore en frappant le coupable d’une inéligibilité à perpétuité (les deux pouvant se combiner).
      Encore une fois, je le précise, je reconnais moi même que ces opinions sont extrêmes, peut-être trop. Mais je ne parviens pas à m’en défaire.

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