Accueil > Folie de Polis, Folie réfléchie > État et violence

État et violence

J’ai précédemment évoqué les raisons et l’utilité de la violence sur un plan évolutif, bien que très partiellement. Cependant me diras-tu, quelle est l’utilité de celle-ci dans une société moderne et organisé par un État comme celle dans laquelle nous vivons ? J’ai déjà évoqué le premier élément de la réponse appelée en mentionnant les individus incapables de maîtriser leur violence, et devenant ainsi nuisibles à la société. Ces individus légitiment l’existence de forces faisant appel à une violence légale, comme la police. Il serait utopique d’imaginer s’en passer, dans la mesure où des esprit dérangés au sens clinique du terme risqueront toujours d’émerger ; or il est parfois impossible de les canaliser sans avoir recours à la violence.

Je pourrais également mentionner que, tant qu’existeront plusieurs États, chacun d’entre eux se devra d’entretenir sa propre armée, afin de dissuader les agressions de ses voisins. Un monde idéal s’en passerait, il est vrai, sans problème. Cependant quand bien même à un instant donné tous les pays du monde entier seraient dirigés par des humains sages et justes, répugnant à la guerre, ce qui aurait pour conséquence de rendre, en apparence, obsolète leurs armées, la sagesse même de ces hommes ferait qu’ils ne dissoudraient pas celles-ci. En effet, ce temps de grâce et de paix ne saurait durer indéfiniment. Tôt où tard émergerait, sans doute par la force, un mauvais dirigeant souhaitant contrôler le monde par la force, un conquérant. Si nulle armée n’est présente pour brider ses ambitions, la sienne parviendra aisément à ses fins et nous réunira tous sous son joug.

Telles sont les violences légitimes exercées par les États. Cependant, la violence juste ne saurait rester cantonnée entre les mains du pouvoir. Armée et police sont certes des moyens efficaces de protéger les citoyens, mais elles risquent à tout moment, entre les mains d’un tyran, de se transformer en un outil de restriction des libertés tout aussi efficace, si ce n’est plus. C’est pourquoi le peuple se devrait d’avoir à tout moment d’avoir les moyens de répliquer à une trop forte violence étatisée. C’est là le fondement de la fort critiquée liberté de posséder des armes aux USA. Pourtant, si elle est peut-être trop grande, cette liberté contient les mêmes fondements qu’un aspect de la mentalité américaine que je respecte et partage : une défiance extrême vis à vis du pouvoir politique.

Le principal problème posé ici est qu’en donnant au peuple la possibilité de se défendre contre une tyrannie par la violence, seul moyen d’y mettre un terme, on donne également aux quelques déséquilibrés qui perdureront éternellement de donner libre cours à toute leur violence, et de tuer bien trop aisément. Pour ce qui est de la violence physique, je n’ai aucune idée des restrictions qu’il est souhaitable d’appliquer pour conserver le contrôle d’icelle. Mon opinion est qu’elle n’est pas réellement indispensable : en effet, la structure extrêmement informatisée de notre société permet aux citoyens, s’ils sont suffisamment nombreux et formés, de se défendre de l’État sans avoir recours à une violence contre les personnes, mais directement contre les institutions.

Peut-être n’est-ce valable que dans les pays les plus riches et favorisés, mais l’informatisation des institutions et leur mise en réseau est à la fois une malédiction et une bénédiction. En effet, à l’heure actuelle, qui dit réseau dit Internet, ou réseau des réseaux. Dès lors qu’un système est connecté à Internet, il est vulnérable à une attaque par ce biais de n’importe où de la part de n’importe qui. Le meilleur système de sécurité au monde ne saurait prévenir ne serait-ce que d’une intrusion dans les systèmes, l’une des attaques les plus complexes. En effet, les systèmes permettant la mise en place d’une telle protection sont complexes, or plus un programme est complexe, plus il est probable qu’une erreur se glisse à un endroit où à un autre. Bien que je ne parvienne à retrouver ma source, il me semble même qu’il a été mathématiquement prouvé qu’au delà d’un certain nombre de milliers de lignes de code, tout programme contiendrait au moins une erreur.

Une attaque informatique menée par un petit nombre de personnes suffisamment formées peut donc s’avérer passablement handicapante pour une tyrannie fondant ses moyens de répression sur l’informatique. Il existe bien sûr d’autres moyens de s’en préserver, comme d’établir un réseau coupé d’Internet, mais ce sont là des mesures lourdes à mettre en place, et qui ne permettent pas la communication avec le reste du monde, laissant donc l’économie vulnérable. Dans le pire des cas, la coupure locale d’Internet (qui, si elle est possible en réalité ne devrait en principe pas l’être) afin d’empêcher les opposants d’agir, reste un pis aller. Un régime suffisamment affaibli pour mettre en place une telle mesures peut sans doute être renversé par des manifestations populaires, à condition que les manifestants aiment suffisamment la liberté pour mettre leurs vies en jeu, car une tyrannie, telle un animal, n’est jamais aussi dangereuse que lorsqu’elle est acculée.

La violence a donc une seule et unique légitimité dans une société moderne : nous protéger d’elle-même ; que ce soit entre les mains de l’État pour protéger ses citoyens des délinquants, ou entre les mains du peuple pour se protéger lui même de la tyrannie, quelque soit sa forme, de la plus abrupte et violente à la plus subtile et diffuse, de celle qui réprime par la violence physique en menaçant de mort ses opposants, à celle qui recourt à la peur pour dissuader toute tentative de la part de ses sujets d’user des libertés qu’elle prétend leur accorder. De ces deux formes de violence, la plus difficile à mettre en œuvre est celle provenant des citoyens, mais c’est aussi celle qui est la plus légitime, car elle n’a rien à voir avec la répression synonyme de restriction de liberté, à la différence de celle exercée par la police qui, si elle est fondée sur une nécessaire et normalement juste loi, demeure en son sens le plus fondamental, une restriction de la liberté, même si celle-ci est abusive.

Publicités
  1. Aucun commentaire pour l’instant.
  1. No trackbacks yet.

Rédige ici ta propre bulle

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :