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Le sexe au naturel

Le sexe est un sujet dont on rechigne à parler. Ou alors, c’est avec une pointe de provocation, ou bien dans un détachement le plus absolu avec le sujet. Pourtant, quel acte est plus naturel ? Sans cela, à moins de régresser au stade nettement moins efficace des unicellulaires asexués, nous ne vivrions tout simplement pas. Si nos parents, nos grands-parents, et tous nos aïeux n’avaient pas, en termes prudes, fait l’amour, jamais nous n’aurions eu la moindre petite chance d’exister. Alors pourquoi rechigner à en parler ? La réponse est évidente, c’est parce-que certains pensent que cela est sale, honteux ou presque, et que seule la fonction de copulation est acceptable. Si ceux-là pouvaient avoir des enfants sans le moindre contact physique, je suis persuadé qu’ils le feraient.

Quelle immonde bêtise pourtant ! Le sexe est avant tout quelque-chose d’agréable, l’une des choses les plus agréables qui soient. S’en priver consciemment me semble particulièrement stupide, et si ces gens y tiennent vraiment, contraire aux lois de la nature. La raison principale pour laquelle nous avons envie de faire l’amour, ce n’est pas pour nous reproduire, bien que dans certaines circonstance cette envie puisse prendre une importance aussi considérable que celle que je viens d’énoncer. Comment dis-tu ? Je n’en ai pas encore énoncé ? Mais si, si nous voulons avoir du sexe avec quelqu’un, c’est avant toute chose pour le plaisir que cela procure. C’est là la première chose à laquelle nous aspirons pendant l’acte, ainsi qu’au plaisir de donner du plaisir à son partenaire. Ce qui est naturel, c’est de vouloir ce plaisir, pas de vouloir des enfants, désir qui dénote une plus grande évolution de la pensée.

Il est donc légitime de vouloir faire l’amour avec quelqu’un pour lui faire l’amour, et sans nulle arrière pensée. Et s’il présente la même volonté, il est tout aussi légitime de passer à l’acte. Quels que soient les sexes des partenaires, cela est totalement légitime et naturel. Les arguments qui visent à prétendre le contraire sont, fait amusant, fort contradictoires. En effet, il y a d’une part ceux qui clament que le sexe entre deux personnes de même genre est contre-nature, et d’autre part ceux qui affirment qu’il convient de réfréner sa passion pour l’autre afin de s’éloigner de l’animal. Pour le premier cas, nous l’avons vu, le désir prime sur ce qui est de l’état naturel. On observe par ailleurs des singes et des jars homosexuels, ce qui infirme le corollaire de cette affirmation que seul l’homme pratique l’homosexualité. Quant à la seconde affirmation, dans la mesure où je ne me considère comme rien de plus ni de moins qu’un animal, elle ne me fait ni chaud ni froid. J’irais même jusqu’à dire que l’absence de chaleurs chez la femme ne pouvant déclencher le désir chez l’homme, c’est le fait de se désirer mutuellement en permanence qui fait de nous des humains.

Maintenant que la question du genre et de la fréquence de la relation sexuelle est réglée, il reste à voir celle concernant l’âge. Il n’y a à mon sens a-priori aucun élément contre-indiquant des relations sexuelles chez l’individu pré-pubère. Cela dit, il faut désormais prendre n compte la fragilité due au jeune âge de ces individus. S’il n’est pas impossible de rencontrer des contre-exemples à ce qui va suivre, il me semble que nous pouvons le considérer comme une règle générale. Ces individus étant particulièrement jeunes, ils sont encore soumis à l’autorité de leurs aînés, autorité qui déséquilibre totalement le rapport sexuel tel qu’il est concevable, dans une égalité du don de plaisir de part et d’autre. Il peut être aisé à un adulte de manipuler un enfant pour lui faire croire, tout au moins dans l’instant, que c’est de sa propre volonté qu’il consent à l’acte sexuel, alors qu’il s’agit en réalité d’un viol, avec toutes les conséquences que cela implique.

C’est pourquoi les jeunes individus de notre espèce se doivent d’être protégés de leurs semblables plus âgés. Remis dans le contexte de la société, cela signifie que la loi se doit de se pencher sur ce cas. L’âge de la majorité sexuelle, à partir duquel toute relation sexuelle devient autorisée a été fixé arbitrairement à quinze ans. Cela parce-qu’il est impossible de savoir dans quelle mesure un individu peut être manipulé quel que soit son âge, mais qu’il faut pourtant en fixer un sous peine de tomber dans d’innombrables impasses. On pourra être prêt à n’importe quelle relation sexuelle bien avant cet âge, tout comme ne jamais l’être à aucune. La loi n’a fait que fixer un âge qui protégerait la plupart tout en restreignant de façon limitée la liberté. Si deux personnes d’âge radicalement différents tombent amoureuses et que l’une d’elles est encore trop jeune, la plus âgée devrait être capable d’user de raison et d’attendre au moins jusqu’à la majorité sexuelles de celle-ci.

Car il n’est pas criminel d’aimer un enfant de la façon dont on aime un membre du sexe opposé. C’est certes une déformation de cet amour, mais tant qu’il n’y a pas de passage à l’acte, nul ne saurait en souffrir, si ce n’est celui d’où émane l’amour. Il y a en revanche grand crime lorsque, cédant à ses pulsions aux détriments de l’enfant, l’adulte passe à l’acte. Car même s’il peut être capable l’espace d’un instant de le persuader du contraire, il s’agit avant tout d’un viol, avec un rapport de force disproportionné et non choisi par consentement mutuel des deux parties. L’enfant est un être encore incomplet, physiquement, certes, mais surtout psychologiquement et donc fragile. Les lois sus-mentionnées servent avant tout à le protéger en tenant compte de cette particularité.

Mais quoi qu’il soit, tout commence par le désir mutuel et éphémère, sans cesse renouvelé, qui fait de nous des humains. S’en priver nous déshumanise en une folle prétention de s’élever au-dessus de la masse qui finit par faire de celui qui l’applique moins qu’une bête. Le désir est le moteur de la pérpétuation de l’espèce, et il convient de ne le brider que s’il est nuisible et non-nécessaire au sens le plus large du terme, c’est à dire si l’esprit de l’un des amants risque d’en souffrir.

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  1. 31 mai 2011 à 18 h 09 min

    Un sujet tabou, pourtant lié à l’un des plus vieux métiers du monde. Tu ne parles pas du « commerce » sexuel, mais ce n’est pas grave car déjà tout ce que tu écris est juste. Tu parles et englobes pas mal de choses ; le plaisir, le désir, les pulsions, les limites que l’on s’impose, les choses préjudiciables etc.

    Deux trois points me font « tilter », le rapport entre personne d’un même sexe (homosexuel, donc, mais je ne réduit pas ces rapports à la simple sexualité mais aussi à l’émotion, donc « homo » + »sexuel » me gêne), le rapport à l’enfant et le viol.
    Il n’y a pas de jugement personnel, ultra subjectif. Tu me sembles rester juste et rappeler des choses que beaucoup oublie.

    J’apprécie cette réflexion, merci du partage

  2. 3 juin 2011 à 10 h 35 min

    Pour ce qui est du « plus vieux métier du monde », je dois reconnaître que c’est là un oubli de ma part. Merci de m’y faire penser, cela pourra m’être utile si je reviens sur ce sujet.
    Pour compléter sur le vif, je dirais que ce métier n’est a-priori pas plus mauvais qu’un autre… A condition, comme toujours dans le domaine de la sexualité, que la personne prostituée soit consentante, et que ce statut la satisfasse. Je ne me fais guère d’illusions, à part peut-être quelques exceptions rarissimes, cela n’existe pas. L’immense majorité des prostituées sont exploitées et sont dans ce commerce uniquement parce-qu’elles n’ont pas d’autre choix pour survivre, et même souvent en tant qu’esclaves de leur proxénète. Il convient donc de mettre en place les structures adéquates pour permettre à ces personnes de s’en sortir. N’étant pas spécialiste de telles questions, je ne m’avancerai pas plus loin, car le terrain devient ici trop difficile pour me fier à ma seule intuition, ou mon bon sens comme tu préfères, car je n’ai pas connaissance de suffisamment de données pour cela.

    Quant au mot « homosexuel », maintenant que tu m’y fais penser, c’est vrai qu’il est un peu réducteur. Tout comme celui « hétérosexuel », mais là n’est pas la question. Étant un petit peu… étrange sous certains aspects (d’où mon pseudonyme, ou bien est-mon nom ?), les désignations n’ont cependant que peu d’intérêt, à moins d’être très fortement connotées positivement ou négativement, à un point que je ne puisse ignorer.
    Tout cela pour dire qu’à mon sens, la sexualité comprend également la notion d’amour (non sexué), de partage, d’émotion. Le sexe sans cela est un peu moins que de la sexualité, ce n’en est qu’une partie.

  3. TZ
    20 octobre 2011 à 20 h 54 min

    La religion c’est bien, mais y’a pas que ça dans la vie ! Je me suis naturellement arrêté sur l’article sur le sexe. De toute évidence, nous ne vivons pas dans le même monde (chez moi, on parle beaucoup de sexe), cependant je suis d’accord sur un point : on ne parle pas du sexe de la bonne manière. Entre le tabou (le plus souvent familial : qui a déjà osé demandé à ses parents comment ça se passait une fellation ?) et l’overdose de pornographie et érotisme débridé dont notre société est victime, notre monde a, semble-t-il un rapport biaisé au sexe. A mon avis, on parle beaucoup de sexe, beaucoup d’amour, mais quasiment jamais de la manière dont les deux sont intimement liés.

    Cependant, je vais devoir nuancer ta vision…bisounoursesque du sexe. Le sexe est un outil humain comme un autre. Un outil de pouvoir, il n’est qu’à voir la manière dont « se taper la super bombasse du canton » devient rapidement un enjeu de pouvoir entre mecs.
    Le sexe est aussi un lieu de socialisation, depuis des siècles, la première relation sexuelle est un passage à l’âge adulte, doublé d’un examen de virilité pour les hommes.

    Le sexe est tabou. Bien sûr que le sexe est tabou, mais tabou au sens tribal du terme : ce qui est intouchable. On ne touche pas à la sexualité des autres (les autres pris au sens large, durant des siècles, la vie sexuelle d’un roi était l’affaire de tous, une affaire publique ; jusqu’à y’a pas si longtemps, les parents avaient un droit de regard sur la vie maritale de leurs enfants ; aujourd’hui, ce qu’on fait au lit ne regarde que soi… et ses potes, parce que oui, ça se partage, ça se raconte). Pourquoi le tabou si restreint aujourd’hui ? Ce qu’on appelle parfois le « secret de la chambre à coucher » est forcément tabou, c’est la stricte intimité. C’est d’ailleurs le dernier rempart de l’intimité physique (que je sépare ici de l’intimité psychique), qui exige le secret et le silence.

    L’argument du contre nature me paraît facilement explicable (pas forcément justiciable) : homme+femme = reproduction de l’espèce humaine, or, espèce humaine = instinct de conservation = reproduction. C’est tout con mais non. La reproduction a, des siècles durant, nécessité un homme et une femme qui baisent (sans capote, oserai-je dire). Et sans ce processus social qui a poussé les hommes et les femmes à baiser : plus de gens, pas d’internet, pas de blog, pas de toi, pas de moi. Comme tu l’as dit, heureusement que deux pélo ont choisi de baiser pour nous faire un jour.

    Ce que tu écris sur les relations sexuelles des enfants rencontre deux questions. Bizarrement, tu fais l’amalgame entre aimer et désirer. On peut aimer sans désirer (un amour purement intellectuel, voir un amour karitas, au sens antique du terme). Et désirer sans aimer. Ce que nous apprennent les comportement pédophiles, c’est que le désir créé une image de l’amour, une image fantasmée de l’enfant qui est désiré. Et très souvent, cette image fantasmée (image de l’innocence, de la pureté, image d’un idéal) nait dans un cerveau malade, qui a un rapport biaisé au monde, et pas seulement dans sa relation avec les enfants.
    De la même manière, on ne peut confondre aimer, désirer et désirer l’amour des autres. Un grand nombre de cas de mineurs « consentants » résulte de ce mouvement qui nous pousse tous à chercher l’approbation de nos semblables. Quand il y a un défaut affectif chez un enfants, ce mouvement peut se traduire par la rechercher de l’amour sexualisé chez un adulte ayant autorité, comme forme de reconnaissance.
    Lorsqu’une fille de douze ans « tombe amoureuse » de son prof de math de quarante… on peut se poser des questions sur la réalité de l’amour qu’il y a dans ce sentiment (que je ne nie pas).

    S’en priver… parlons de l’abstinence. Se priver de sexe, pour reprendre les mots de Beaudelaire, est sûrement une des plus grande perversion sexuelle. L’abstinence, c’est beau et bon quand c’est bien fait. Mais bon, c’est pas non plus le propos du truc. Enfin, l’abstinence peut être une pratique sexuelle et conjugale comme une autre, à condition que, là encore, il y ait consentement des deux partenaires.

    Ah oui, sinon, une remarque sur « homosexualité » et « hétérosexualité ». A la base « homo » = le même, « sexualité » = ben comme son nom l’indique. La sexualité tournée vers une personne semblable. Pour « hétéro » = différent, d’où, une sexualité tournée vers une personne différente. On parle aussi, mais plus rarement, d’homophilie, éphébophilie (pour pas dire pédophile), homoromantisme (pour la littérature)… bref, pas de quoi fouetter une chatte !

    Encore un pavé, mais encore une fois, on ne peut pas rester muet en lisant tes posts.
    Et à la prochaine…
    TZ

    • 7 novembre 2011 à 9 h 54 min

      Je n’ai pas grand chose à redire à ce que tu écris, si je ne l’ai pas fait, c’est soit pour rester simple et clair (comme dans l’exemple de la fille de 12 ans et de son prof de math, que je n’ai pas mentionné car je me plaçais dans le cadre de ce que la loi autorise, en sous-entendant, je l’admets un cas différent du tien, qui s’il me semble hautement plus improbable, ne me parait pas impossible), soit que tout simplement, je n’y ai pas pensé (cela arrive).

      Seul un point me gène, et c’est plus sur la sémantique qu’autre chose. C’est l’aspect contre-nature de l’homosexualité, dans la mesure où il se produit naturellement, comme le montre l’exemple des jars. Le terme contre-productif me semblerait plus approprié. Encore que, pour rester dans l’exemple des jars, il arrive régulièrement qu’une oie se joigne peu à peu au rituel de triomphe des deux jars (rituel qui mène à l’accouplement) car elle est « tombée amoureuse » de l’un d’eux (et je ne mets des guillemets que parce-que je considère que les sentiments des autres animaux sont légèrement différents des nôtres malgré une proximité certaine), et finisse par donner des petits aux jars (il est impossible de savoir auquel exactement).
      Pour ce qui est de l’homme, l’homosexualité ne bride en rien le désir d’avoir des enfants, ce qui peut pousser des couples homosexuels de sexe opposé à s’arranger entre eux pour en avoir, sans compter l’insémination artificielle pour les femmes (Je reconnais que c’est assez bancal, c’est pourquoi j’en resterai au terme « contre-productif »)

  4. 21 septembre 2014 à 4 h 08 min

    Un autre excellent article (Après celui sur les religions que j’ai lu en premier) !! Il devrait je pense fermer le bec à bien des mauvaises langues.
    Si je peux me permettre, j’aimerais rajouter que le terme « contre-productif » convient également aux personnes stériles, ne désirants pas d’enfant ou encore aux femmes ménopausées.

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