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Nous rôtirons tous en Enfer

A en croire les religieux d’obédience judéo-chrétienne, il existerait un enfer où, après notre mort, nous irions rôtir si nous n’avons pas été assez bons. La première condition pour éviter cela serait de croire de la bonne façon en le bon dieu (chose compliquée une fois prise en considération la multiplicité des dieux et façons différentes d’en vénérer un seul), et accessoirement de ne pas commettre trop de péchés. Parmi ceux-là, il en est un qui m’intéresse tout particulièrement, le péché d’orgueil. C’est là l’un des péchés capitaux, l’un des plus graves qui soient. Considérons maintenant les différentes formes de croyances. La plupart ne m’inspirent que le qualificatif de bénignes et inoffensives, mais il en est d’autres qui sont autrement plus agressives. Leurs pratiquants se considèrent comme détenant la vérité ultime, et que donc tous les autres ont tort. Et entre autres que tous ceux qui les contredisent sont au mieux manipulés par un démon, au pire en sont carrément, en passant par la case de la possession. Et ce sont les plus farouches défenseurs de l’existence de l’Enfer, et des conditions précédemment évoquées pour y entrer.

Et ici, vois-tu, lecteur, je décèle un problème, et non des moindres. Car en effet, il se trouve que pour continuer à soutenir que l’on détient la vérité universelle, envers et contre tout et tous, sans jamais douter un instant, il faut une bonne dose d’orgueil. Fait amusant, selon ces gens là, le doute est également un péché grave, même si non-capital. Je suppose que tu vois comme moi le piège se refermer. Si l’on ne croit pas à leur façon, on est d’essence démoniaque, et donc bon pour l’Enfer. Mais, ce qu’ils oublient de mentionner, c’est que si l’on croit selon leurs dires en les respectant à la lettre, on commet un péché capital, et se retrouve donc tout aussi près d’aller en Enfer. Et la position intermédiaire n’est pas permise, car c’est selon eux se moquer de leur dieu et se retrouver, encore une fois, destiné aux flammes infernales. Le Paradis auquel ces religieux aspirent avec dévotion est donc inatteignable, quelque soit la posture d’esprit que l’on adopte.

Fait intéressant, ce sont souvent ces mêmes gens qui dénoncent l’athéisme comme étant la source de vices, arguant sans fondements que seule la religion est source de morale. Outre le fait que, bien que farouchement athée, je dispose d’une morale, le raisonnement que j’ai tenu ci-dessus me permet de leur retourner la leçon. Si la principale motivation pour faire le bien autour de soi est d’aller au Paradis plutôt qu’en Enfer, et que cet objectif est comme nous l’avons vu inatteignable, alors, à quoi bon faire le bien autour de soi ? Autant se faire plaisir durant le bref laps de temps sur terre qui nous est alloué, et faire ce que « bon » nous semble. Après tout, Dieu ne nous a-t-il pas accordé le libre-arbitre ? Et si libre-arbitre il y a, alors autant s’en servir. Et tant pis pour les autres. En revanche, le rationalisme tant décrié par ces religieux peut fonder sa morale sur l’immortalité par le biais de sa progéniture, et la survivance ainsi assurée de son génome. L’humain ne pouvant survivre seul, il nous faut donc pour assurer notre survivance respecter l’autre dont notre survie dépend…

Trêve de mauvaise foi, si l’humain fait preuve de morale, ce n’est nullement par un raisonnement abstrait, mais par ses gènes bien concrets ! La survie d’une espèce dépend en partie de la capacité de ses membres à ne pas s’entretuer. Au niveau de l’individu, seul qui compte vraiment, cela signifie que celui-ci a de meilleures chances de survie s’il ne risque pas (trop)  de se faire massacrer par l’un de ses congénères lors d’une lutte territoriale. Partageant, de par la proximité des ancêtres, son génome avec ceux-ci, l’individu évite également de tuer ou mutiler son semblable. Cela peut sembler absurde et trivial, mais c’est là le fondement de la société. En effet, avant de songer à fonder une société, il vaut mieux que ses membres évitent de s’entretuer. Plaisanterie à part, c’est parce-que l’évitement du meurtre du congénère passe par une ritualisation de l’oscillation entre envie d’agression du congénère et peur de celui-ci, qui finit par être codée dans le génome. Une fois cette étape franchie, la partie « peur » du geste prend une signification d’apaisement du semblable agressif, ce qui dans certains cas permet la formation d’une société. Cela est confirmé par certaines déficiences d’origine génétique qui empêchent certaines personne de ressentir des remords, et ce de façon physiologique.

Cependant, cela ne suffit pas à expliquer la totalité des comportements composant la morale, et surtout la disparité de ce qui est considéré comme moral entre des cultures différentes. C’est là une autre forme de ritualisation, non plus fondée sur le génome, mais sur les capacités cognitives relativement développées de l’humain. Le processus est pour ainsi dire quasiment identique, bien que plus rapide, et crée des contraintes tout aussi fortes. Cela a été confirmé par des expériences sur des animaux sociaux évolués tels que les oies. A force de reproduire un même comportement, l’individu peut finir par développer des symptômes de manque s’il ne peut plus, ou s’il oublie de les effectuer, se traduisant par une grande angoisse et une forte agitation fort semblables à ce que nous ressentons lorsque nous savons avoir commis une faute. Et tout comme le génome, ces comportements sont transmis à la descendance de celui qui les développe par le biais de l’éducation. Ainsi, la plupart des êtres humains se comportent de façon morale non par choix, non par crainte, non par rationalisme, mais parce-qu’ils sont incapables d’agir autrement. C’est mon cas, et sans doute est-ce le tien. Même si la morale peut varier selon les individus, le code d’honneur d’un petit voyou pouvant ici y être assimilé.

Notre libre-arbitre n’est donc pas absolu, car nous sommes tout autant contraint par nos gènes que par notre éducation. La morale n’a rien de divin, elle peut être expliquée par des processus biologiques et physiologiques, et si nous la respectons, c’est parce-que nous sommes dans la plupart des situations incapables de faire autrement. J’ai tendance à me méfier de celui qui annonce suivre les règles de la morale par respect pour un quelconque dieu, car celui-là n’est rien d’autre qu’un hypocrite. Il ne te respecte probablement pas parce-qu’il en ressent la contrainte de lui-même, mais par la contrainte « extérieure » de son dieu. Cet individu a complexifié le processus menant à la morale en y rajoutant un dangereux intermédiaire : celui de la religion. Car il convient de ne pas oublier que, si la religion peut mener effectivement à la morale, nombreux sont ceux qui ont tué et sont morts en son nom. Un extrémiste religieux sera plus prompt à souhaiter la mort de quelqu’un ne partageant pas ses croyances que d’un autre. La religion est source de morale, parce-qu’elle est exhausteur de violence et doit pour sa survivance s’assurer que ses fidèles ne se massacrent pas entre eux. Les infidèles en revanche…

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  1. TZ
    13 octobre 2011 à 16 h 30 min

    Cher Folatre

    Bon, comme la première réaction est bien passée, et puis qu’il a des chances que je finisses tôt ou tard par être d’accord avec le toi qui n’est pas d’accord avec l’autre toi, je persiste. En plus, c’est super stimulant de lire des choses comme ça, puisque ça me force à réfléchir.
    Qu’est-ce que c’est ce que ces conneries comme quoi on finira tous par brûler en enfer (toi peut-être, moi ça va, j’irai voir ailleur _ humour inside).
    Là encore, ça m’énerve (mais bon je suis plutôt calme de caractère, alors ça se voit pas).
    Au risque encore une fois de te contredire, un croyant, par nature, est persuadé de détenir la vérité. Même un adorateur du poireau vinaigrette te crachera au visage si tu émets l’idée que le poireau c’est dégueulasse et que ça ne devrait pas exister. Bien sur ça ne va pas toujours jusqu’à la guerre civile, mais c’est surtout par manque d’arme et de moyens.
    Ceci étant dit, au sens judéo-chrétien, détenir la vérité est loin de ce qu’on entend par orgueil. D’ailleurs ce qu’on appelle « orgueil » dans le langage courant est en fait ce qui se rapproche de la vanité au sens religieux du terme. L’orgueil des 7 péchés capitaux, c’est le la volonté de se passer de Dieu. Point barre (j’en ai déjà parlé dans mon précédent commentaire). Donc anoncer une vérité reçue de Dieu est tout sauf de l’orgeuil. Comme tu le vois, et comme souvent en matière de religion, il y a une logique interne qui, sous un regard profane, n’est pas logique. Le croyant croit en Dieu, il croit que Dieu est révélé, et qu’il y a un salut, et donc, il croit que propager cette idée en tant que vérité.
    Par ailleurs, au sujet du doute, dans la plupart des religions il n’est pas, comme tu le dis « un péché grave, même si non-capital ». Le doute n’est pas un péché, c’est un état de l’âme. Tout croyant passe par le doute et je dirais même que toute croyance suppose le doute. La foi sans doute, c’est rare et difficile. Car généralement le doute précède ou accompagne une réflexion sur la foi. Or baser sa foi sur une réflexion est un gage de solidité de la foi (parce que la foi pour la foi, désolée mais c’est rare).
    Donc ne t’inquiète pas, tu peux aller propager la bonne parole, et aller au paradis, tu peux douter et aller au paradis.

    Pour la suite, encore une fois désolé mais tu n’invente rien. La notion de Salut est compliquée à appréhender. Effectivement, comme tu le dis, faisons comme « bon » nous semble. Sauf que les religions n’ont pas pour objet le bon mais le Bien, qui est une valeur absolue. Le bon étant une valeur relative. Quelque chose est bon pour quelque chose d’autre ou quelqu’un. Ce qui est Bien l’est de manière absolue. D’où la diffficulté de faire le Bien.

    Après pour la question de la survie de l’espèce humaine, j’ai bien peur que l’instinct de survie ait été un tout petit altéré depuis… ben depuis toujours quoi. Quelques chiffres et faits suffisent :
    – les génocides.. le plus souvent entre très proches voisins (Turques /Arméniens, colons/Indiens, Polonais/juifs…)
    – les vendetta : sur une même terre, dans une même culture, avec une forte proximité génétique, des guerres familiales peuvent durer des siècles.
    – guerres civiles : qui touchent surtout les femmes et les enfants > les principaux vecteurs de reproduction de l’espèce.
    – les violences domestiques, qui représentent un bon deux/tiers des violences quotidiennes recensées.
    Bref, bizarrement, plus on est proche, plus on se tape dessus.

    Disons que ce que tu dis est vrai dans la mesure où on identifie l’autre comme son semblable. Or, cette capacité d’empathie est tout sauf naturelle et innée.
    D’où la religion « aime ton prochain comme toi-même » et tout le blabla qui va avec. Le biologique ne donne pas de morale, le biologique donne des instincts (dont celui de survi qui peut nous pousser à protéger les femmes et les enfants par exemple, ou l’instinct de territoire qui nous pousse à le délimiter et le protéger) l’instinct n’est pas foncièrement mauvais, il est amorale, il ne connaît pas de morale ou d’éthique, il connaît une loi : celle de la survie.
    Pour introduire de la morale, on passe par des structures sociales : l’Etat, la famille, la religion.

    Bon, comme c’est déjà un gros pavé je vais m’arrêter là. Mais je reviendrai !
    TZ

    • 7 novembre 2011 à 10 h 08 min

      En fait, je suis ici de la plus totale mauvaise foi, je ne pense pas grand-chose de ce que j’écris. C’est de la provocation pure, pour faire réagir. C’est une des conséquence de la classification « démence partisane ». Si la catégorie « Folie réfléchie » est également présente, c’est uniquement en second plan.
      Je ne chercherai pas à défendre les idées de ce texte, et voici pourquoi : à cause du contexte où je l’ai écrit. C’est en quelque sorte un réaction épidermique et irrationnelle qui devait sortir (« Démence partisane » encore une fois) suite à un contact avec des fanatiques religieux, catholiques en l’occurrence, mais cela aurait aussi bien pu être des musulmans, des juifs, ou toute autre confession chrétienne (et plus généralement tout religion condamnant l’orgueil).
      J’ai simplement pris leur certitude d’être dans le vrai, leur intolérance vis à vis de toute autre forme de pensée, même envers les plus modérés de leur confession, et tout ce qui les caractérise ; pour finir j’y ai ajouté une bonne dose de mauvaise foi franchement assumée, et voilà le résultat.

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