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Inexistence du destin et du libre-arbitre

Le terme de libre-arbitre représente la capacité supposée de l’homme à faire des choix. Cependant, en décrivant le corps et le cerveau humain comme des processus purement chimiques, la science le remet en cause. En effet, un scientifique connaissant l’état d’un système à un instant donné, et disposant des outils de calcul nécessaires est en théorie capable de prédire tous les états futurs de ce système. La description purement formelle du corps humain étant elle aussi théoriquement possible jusqu’au moindre atome, bien que la tâche soit, je te l’accorde lecteur, rigoureusement impossible à l’heure actuelle, il pourrait-être possible de prédire le comportement d’un individu depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Nous serions donc prédestinés par les processus biochimiques qui nous gouvernent.

Cependant, raisonner de la sorte présente de graves lacunes. Pour commencer, pour pouvoir prédire les états futurs d’un système, il convient que ce système soit isolé. Or, un individu est tout sauf un système isolé. Il faut tenir compte de son environnement, à commencer par les autres individus. Je pourrais couper les cheveux en quatre et considérer que le seul système connu réellement isolé est l’univers pris dans son ensemble, mais je me cantonnerai à considérer la Terre et le système solaire, pour l’énergie que ses différents éléments transmettent à celle-ci, tant par le biais de la lumière émise par le soleil que de l’attraction gravitationnelle de celui-ci et des planètes, sans compter les possibilités de collision d’un météore. Afin de rétablir la possibilité qu’un destin existe, il nous faut donc modéliser au bas mot un système solaire.

Cependant, d’après la théorie du chaos, la moindre décimale d’une mesure peut rendre totalement imprévisible le comportement d’un système si elle n’est pas exactement mesurée. Sachant qu’il faut, pour prédire exactement le comportement de notre système, faire toutes sortes de mesures et de calculs sur des orbites plus ou moins elliptiques, donc de prendre en compte l’infinité de décimales impossibles à exprimer sous forme de fraction de Pi, notre tâche s’annonce difficile. Et tant qu’à parler des orbites, je tiens à préciser qu’il a été démontré qu’un système de trois éléments en orbite ou plus est, à partir d’un nombre n d’années totalement imprévisible. Au temps donc pour notre prétention à prévoir le destin de notre système solaire.

Considérons néanmoins que nous parvenons à la dernière décimale de Pi, décidons qu’il en va de même pour tous les nombres non-entiers du système, et cantonnons nous  sous la limite de n années précédemment évoquée. Il demeure toujours un problème d’une taille considérable. C’est que, vois-tu, j’ai conservé le plus épineux pour la fin. En effet, il n’est nul besoin de sortir des processus biochimiques de l’individu pour lui nier un destin. En effet, ces processus mettent en cause seulement quelques poignées de molécules. Ces molécules sont composées d’atomes, et parmi ces atomes, une part bien précise est instable. Or, il est strictement impossible de prévoir quand un atome radioactif va se désintégrer. Et ici intervient de nouveau la théorie du chaos précédemment évoqué : ces quelques atomes radioactifs vont rendre totalement inconnues d’infimes décimales, et rendre le système constitué par l’organisme, même parfaitement isolé, totalement imprévisible.

Je pourrais avancer encore d’autres arguments, mais le fait est déjà établi : le destin n’existe pas. Cependant, je n’ai pas pour autant établi l’existence du libre-arbitre. Ce n’est en effet pas parce-qu’il est absolument impossible de faire autre chose que de mesurer les états du système que représente l’humanité que nous avons la possibilité de choisir ce qu’il advient de nous. Je vais être franc avec toi, lecteur : si j’espère disposer d’un réel libre-arbitre, voici des éléments qui m’en font douter : l’état de superposition quantique, et la théorie de la relativité restreinte. Je vais commencer par la seconde, qui me parait plus simple, et me permettra d’introduire la première, qui me semble plus forte.

D’après la théorie de la relativité, l’espace et le temps ne font en effet qu’un. Le temps n’est qu’une dimension comme les autres quoiqu’un peu particulière, dans la mesure où il n’est possible de ne s’y déplacer que dans un sens. A moins, peut-être, de se transformer en anti-matière, mais dans notre monde de matière, cela n’est guère recommandé. Et c’est justement cette éventualité que l’anti-matière ne soit que de la matière remontant le temps qui me fait douter du libre-arbitre. Car, si l’anti-matière provient du futur, c’est que ce futur existe déjà. Et qu’il est donc sans doute impossible de le changer. Certaines hypothèses visant à remplacer les théories d’Einstein (qui énonçait lui-même qu’elles étaient incomplètes) proposent même de se passer de la notion de temps.

Le libre-arbitre semble donc ne pas exister davantage. Mais, si le temps n’est qu’une illusion, peut-on pour autant considérer qu’il existe un destin lié à l’Univers ? Car d’un part, la notion de destinée inclut celle d’un but, d’un dessein, totalement absente de l’interaction entre les différentes formes d’énergie, matière incluse. En réalité, ce qui me déplait dans cette notion de destinée, c’est le fait qu’elle considère le temps d’une façon mystique. Alors que je pourrais de façon totalement non-objective et personnelle le qualifier de « dimension non-symétrique » : en effet, il a été démontré qu’une même cause, selon le « sens du temps » dans lequel elle s’exerce, n’a pas les mêmes effets. Et ce serait la seule particularité du temps, mis à part que nous, choses organisées, ne sommes capables de n’y voyager que dans un seul sens, comme portés par un courant contre lequel nous n’aurions aucun moyen de lutter, ce qui n’est pas le cas des particules telles que les protons, neutrons et électrons.

Là où je veux en venir, c’est que si tu tiens absolument à considérer que soit le destin soit le libre-arbitre existent, alors il me semble qu’il vaut mieux que tu considères le destin comme la meilleur option, mais rigoureusement dépourvu de ses attributs mystiques comme celui de donner un but à toute chose.

Cela n’est cependant pas une certitude, et il convient de se rappeler que même si cela l’était, l’existence de sentiments humains tels que la peur, la souffrance, la colère ou bien la joie, le plaisir, l’amour est elle bien avérée, et bien plus proche de notre quotidien. Et surtout, même mise sur des rails, la Raison prime. Le crime reste condamnable par celle-ci, et le fait que le destin existe éventuellement ne doit pas oblitérer cela.

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  1. 11 janvier 2012 à 12 h 47 min

    Ça faisait longtemps que je n’avais pas eu ma dose de philosophie retourneuse de cerveau.

    Si le destin existe réellement, comment le crime reste-t-il condamnable si nous sommes limités à l’état de jouets de celui-ci ?

    PS : Est-il possible de supprimer mon commentaire du dessus ?

    • 13 janvier 2012 à 21 h 21 min

      Le crime demeure condamnable dans la mesure où même si celui-ci est « écrit », il en va de même de ses conséquence directe, le procès (on peur espérer qu’il y en ait un), et la condamnation qui sont tout autant « écrits », et surtout de la perte ressentie par ceux qui en sont atteints.
      En outre, et plus sérieusement, la Morale et la Raison restent inchangées par l’existence ou l’inexistence du Destin, car comme j’ai tenté de le faire, cette notion n’entre pas en ligne de compte dans l’établissement de la première, et comme l’a si justement fait remarquer Descartes, la seconde demeure l’une sinon la seule chose dont nous puissions être à peu près certains de l’existence. Le crime, qu’il soit possible à éviter ou non, est et demeure condamnables par et au nom de ces deux entités que je pense pouvoir être considérées comme intemporelles (même si je n’en suis pas tout à fait certain pour la première).

      Mais je n’ai pas développé ceci dans l’article car je n’en suis pas aussi certain (si tant est que l’on puisse être certain de quoi que ce soit)
      Sinon, le commentaire excédentaire a été supprimé.
      Et pour ce qui est des articles, j’en ai quelques-uns en stock, certains n’ont qu’un titre, mais depuis quelques temps je me trouvais incapable d’en finir un seul, soit que mon PC fasse des siennes en pleine rédaction de l’article, ce qui m’en dégoutait lorsque je perdais un paragraphe entier laborieusement rédigé (ou plusieurs moins techniques), soit que je n’aille réellement pas bien, car je suis malade comme tu dois l’avoir compris, soit que je veuille écrire autre-chose soit que je n’aie tout simplement pas envie. Celui-ci a donc pu être achevé suite à une conjonction favorable, qui semble toujours durer, même si présentement, j’écris… autre-chose 😛

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