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Continuité de l’individualité

L’une des formulations les plus courantes dans la plupart des langues et la suite de deux mots suivante : « Je suis« . Nous prononçons sans même y prendre garde ce pronom et ce verbe, indiquant sans nous en soucier davantage des choses parfois importantes quant à notre personne, ce que, en somme, nous sommes. Peut-être as-tu même du mal à mesurer le poids qu’est le fait d’exister. Je me trouve en tous cas dans une telle situation, tant ce poids est changeant, et tant l’existence est tantôt lourde, tantôt légère à supporter, et ce au gré des circonstances. Mais trêve de lieux communs, et intéressons-nous donc au fond de cette question on ne peut plus ontologique.

Le fait d’être nous est si naturel que nous avons du mal à définir ce dont il s’agit, à l’expliquer. Le plus simple me semble donc de nous intéresser à la définition du mot. Son sens premier est de définir un état, une caractéristique. Une autre définition me semblant intéressante est celle qui concerne le fait d’exister. Vois-tu, armé de ces deux sens possibles de ce verbe, et en ignorant autant que possible les autres significations possibles, qui me semblent ici inutiles, nous serons sans doute capables de cerner ce que signifie exister. Je puis d’ores et déjà te prédire que la première sera notre point de départ, et que l’autre sera la confirmation que nous sommes parvenus à quelque-chose de valable. D’une part parce-que l’une désigne quelque chose de précis, qui ne peut se définir sans l’autre, d’ailleurs plus générale. Et d’autre part parce-ce que j’ai déjà emprunté quelques raccourcis intuitifs.

Focalisons-nous donc sur notre premier extrait. L’état de quelque-chose est avant tout la somme des informations, au sens le plus large possible, valides à l’instant ou le dit état est pris en compte. Être ce que tu es serait donc lié aux informations te concernant. Cependant, l’existence d’un objet s’étale généralement sur plus d’un instant. Or,  les information liées, par exemple, à ta personne sont changeantes au cours du temps, ne serait-ce que celle concernant ton temps d’existence. Cela signifie que ce que tu es change, et c’est là une évidence, au cours du temps. Mais cela pourrait également, en l’état de notre réflexion et de notre définition de l’être, que ta vie est composée d’une succession de « Toi » s’enchaînant de façon rapprochée, chacun ne durant littéralement qu’un instant avant de disparaître.

Or, j’en doute. Non pas que je croie en l’existence d’une chose telle qu’une âme éternelle, ce qui serait irrationnel. Je n’ai pas ici pour vœu d’établir ici des faits, ne serait-ce que parce-que je n’en ai ni les moyens ni la volonté ; cependant il me semble plus logique de considérer que dans la mesure où le temps est une dimension (presque) comme une autre, il existe une plus grande continuité que cela au sein de notre existence au cours du temps. Car, à mon sens, mon bras est moi-même au même titre que mon cerveau, malgré les évidentes différences qui existent entre ces deux organes. Ainsi, bien que ce que tu es soit différent de ce que tu fus et de ce que tu seras, il existe une continuité entre tout cela. Quand bien même tu changerais radicalement entre deux instants tant mentalement que physiquement, tu serais toi-même tout autant avant qu’après cette transformation. Celle-ci, tout au moins après qu’elle soit survenue, serait même part intégrante de ton être.

Ainsi, il me semble que ce que notre « être » un instant t donné peut désigner à la fois exclusivement nos caractéristiques perceptibles en cet instant t, mais également et surtout la somme de toutes les informations en tous les instants t-n donnés, où n va de 0 au nombre d’instants nous séparant du premier instant où nous avons obtenu conscience d’être (je reviendrai peut-être un jour à pourquoi j’ai choisi cet instant précis). Pour continuer l’analogie avec les mathématiques, si ce que nous sommes en un instant précis pouvait être représenté par une fonction mathématique, notre « être« , ou n’importe quel terme te convenant, serait son intégrale. Si tu ne sais pas ou ne sais plus ce qu’est une intégrale, ce que je comprends parfaitement, sache juste qu’il s’agit de l’aire située entre la courbe représentant la fonction et l’abscisse, à condition que pour tout x, f(x) soit supérieure à 0 ; la question de la positivité de f(x) ne se posant pas ici, dans la mesure où je vois difficilement comment une information pourrait être négative, n’étant pas un nombre. Car je le rappelle, il ne s’agit ici que d’une métaphore.

On remarquera que cet exemple met en évidence que l’information nous concernant, et donc ce qu’est notre « être« , ne peut que croître au cours du temps. Jusqu’à ce que nous ne soyons plus, bien évidemment, ce qui survient nécessairement un jour ou l’autre. On notera que c’est là une description complète de l’existence de n’importe quelle chose pouvant être conceptualisée : entre le moment où le-dit objet peut être défini en tant que concept, et celui où cela est impossible, il accumule une histoire ne pouvant se défaire ; l’arrêt de cette histoire signifiant la fin de ce concept. Nous sommes donc bel et bien parvenus à la seconde définition du verbe « être », ce qui tend à montrer la validité du raisonnement que nous avons suivi.

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  1. 16 mai 2013 à 12 h 17 min

    Je ne t’ai pas volontairement zappé sur le com que tu as posté (documentaire en mousse Nioutaik, etc.)

    >>>>> @’Tsuki : Amusant, je vois les choses assez différemment. Je pars dans une digression, mais bon… Je vois le temps comme une dimension presque comme les autres, à ceci près qu’il n’est possible de ne se déplacer que dans un seul sens. En conséquent, de la même façon que l’autre bout de l’univers existe, chaque instant t depuis le « commencement » et jusqu’à l’éventuelle « fin » (j’utilise ces termes faute de mieux) existe aussi à sa façon. Le temps « est ». Et puis c’est tout.

    Après, pour ce qui est de savoir s’il est possible de s’y déplacer autrement que par les moyens déjà connus, ou même de modifier la suite des évènements, ou même si le terme « suite des évènements » que je viens d’employer est correct… Je n’en sais rien. Cela dit, ce n’est pas une opinion du temps figée dans le marbre. Je reconnais pouvoir avoir tort…

    >>>> Je trouve cette interprétation du temps plutôt intéressante. Ceci étant dit il y a un petit pb de définition, pour moi : une dimension, on s’y déplace à sa guise. Si le temps est une dimension où on se déplace que dans un sens, alors c’est pas vraiment une dimension, non ?

    J’avais commencé à réfléchir au pb sur ce billet :

    http://tsukiexperienceblog.blogspot.fr/2010/11/de-la-relativite-de-toute-chose.html

    Voilà. Sinon j’ai pas lu l’article que je viens de commenter de façon totalement hors-sujet, mais je vais me pencher dessus dès que j’aurais fini de me fritter avec FTT.

    🙂

    • 5 novembre 2013 à 20 h 15 min

      Avant de répondre vraiment, trois choses :
      Pour commencer, tu me vois désolé du retard et du délai, j’avais pour ainsi dire laissé mourir le blog. Et abandonné l’adresse mail associée donc j’ai totalement paumé le fil des (rares) commentaires. Deux après un an et demi d’inactivité, cela se fête cependant !
      Ensuite, j’espère que tu accepteras d’ignorer le différent nioutaikien actuel.
      Enfin, je me pencherai sur ton billet après avoir répondu ici pour les autres qui seraient amenés à passer.

      Pour répondre à ta question concernant le double sens de déplacement au sein d’une dimension, il se trouve que si nous en sommes très probablement incapables (sauf sous des conditions que notre esprit ne peut pas vraiment comprendre comme dépasser la vitesse de la lumière… peut-être), les particules subatomiques en sont elles peut-être capables.

      En effet, il me semble avoir lu (je crois que c’était dans un livre de Stephen Hawking) que selon certaines équations, il est possibles de considérer les antiparticules (positrons et compagnie) comme des particules normales, mais voyageant à rebours du temps.

      Pour schématiser à destination de quiconque aurait du mal à suivre (pas seulement de mon interlocutrice donc), prenons les point A, B et C dans le temps en leur assignant des valeurs arbitraires comme A(5) B(9) C(3), où plus la valeur associée à un point est élevée, plus il est loin dans la direction « futur ».

      Si la considération précédemment évoquée est vraie, alors une particule donnée pourrait donc faire le chemin A->B->C, bien que C soit avant B. Du point de vue de l’observateur macroscopique commençant à O(0), et se déplaçant vers +∞, nous commençons avec 1 particule (+) arrivant dans le système en A, et 1 antiparticule (-) y arrivant en C. Elles finissent par se rencontrer en B, et se désintégrer mutuellement.

      N’étant pas physicien, je ne sais pas ce qui se passe si on ajoute un point D dans le futur de C. Je soupçonne néanmoins que le résultat des équations décrive quelque-chose d’assez semblable au Big Bang comme conditions à une telle occurrence. En revanche, le mettre dans la passé casse toute la considération, et sans doute aussi la physique actuelle…

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