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La Raison de l’athéisme

12 février 2012 Laisser un commentaire

Alors que je me promenais sur la toile de pages inter-connectées qu’il est convenu d’appeler le net, ou le web, j’ai constaté un phénomène étrange et récurrent chez mes amis les croyants extrémistes, dont tu sais sans doute quel amour je leur porte. Ces braves personnes semblent en effet penser, dans la mesure où le livre qui remplace leur cervelle en est capable (oui, un grand amour te disais-je), qu’ils croient parce-que cela est rationnel, et que l’athéisme est la plus irrationnelle de toutes les positions intellectuelles autres que la leur. Ils prétendent en effet que d’entre toutes celles-ci, l’athéisme est celle qui demande d’accepter le plus de dogmes tout faits et impossibles à prouver. Je n’aurai pas la bassesse, et surtout pas la patience, de donner des exemples du nombre de dogmes que ces gens acceptent sans même s’en rendre compte. Je vais même leur donner raison sur un point, et ne pas trop argumenter sur l’autre, et c’est un cadeau que je ne suis nullement obligé de leur faire, comme je vais le détailler car ce n’est pas général : je vais leur accorder que les athées doivent en effet « croire » en un certain nombre de choses, des théories scientifiques en l’occurrence, bien que ce soit uniquement parce-que je reconnais le faire moi-même.

Avant de continuer cependant, je vais discourir sur pourquoi je ne suis pas obligé d’accepter que les athées aient plusieurs croyances communes. Ce que ces gens faillissent à comprendre en effet, c’est que l’athéisme ne veut pas nécessairement dire que l’on adhère à la pensée scientifique. Le seul point commun de tous les athées n’a en effet rien à voir avec la science, dans la mesure où l’athéisme est « l’absence de croyance en un dieu quelconque ». Et comme tu peux le constater, il n’y a rien entre ces guillemets qui se réfère à la pensée scientifique, ou même à la science en général. C’est juste une opinion philosophique, et c’est pourquoi il existe d’excellents scientifiques croyants, qui savent mettre de côté leurs croyances lorsqu’ils travaillent.

Il me faut à ce point définir quelques notions : la différence entre l’athéisme et l’agnosticisme d’une part, puis celle entre l’athéisme dit « fort » et l’athéisme dit « faible ». L’athéisme et l’agnosticisme se différencient parce que l’athée ne croit pas en un dieu, tandis que l’agnostique croit qu’il est impossible de décider. Ce qui est une croyance irrationnelle, car rien ne la fonde du point de vue scientifique. La différence entre l’athéisme « fort » et l’athéisme « faible » est plus subtile : l’athée « fort » croit qu’aucun dieu n’existe, ce qui est je te l’accorde une croyance aussi stupide qu’une autre, tandis que l’athée « faible » ne croit en aucun dieu, ce qui est une absence réelle de croyance. La différence est certes, je te l’accorde, subtile, mais à mes yeux indéniable. Selon cette définition, bon nombre de personnes, dont peut-être toi, se considérant comme agnostiques, sont en vérité des athées « faibles ». Ou bien, si tu tiens à ta définition, les athées « faibles » sont des agnostiques, mais alors où puis-je caser ceux que je considère comme agnostiques ? Car ils snt alors différents de toi et moi dans leur façon d’appréhender le monde.

Cela étant posé, attardons-nous maintenant sur la définition de dogme, car j’ai accordé à nos amis créationnistes que nous devions « croire », mais n’ai pas réemployé le mot dogme, et ce à dessein. Comme tu peux-le constater, il s’agit systématiquement de croyances considérées comme des vérités incontestables, à l’exception notable du sens médical du terme. Or, tout ce qui est scientifique doit pouvoir être contesté, sous peine de ne plus l’être. Certes, les créationnistes argumenteront sur ce point que par exemple, l’évolution n’est pas une théorie scientifique. Et ils auront raison, mais pas à leur avantage. En effet, l’évolution est un fait constaté, et ce dont ils veulent parler est la théorie de l’évolution, qui a pour visée d’expliquer comment les espèces évoluent. Tenter de réfuter l’évolution est comme tenter de réfuter la gravité. Ou comme se battre contre la réalité. On peut en revanche tenter de réfuter la théorie de l’évolution ou celle de la gravité, qui expliquent comment cela fonctionne. A condition de trouver soit un modèle plus précis (ce qu’ils n’essaient même pas, du moins pas de façon scientifique donc valide), soit en mettant en évidence des éléments les contredisant, ce à quoi ils ont jusqu’à présent échoué misérablement, malgré leurs mensonges (comme en disant qu’il n’y a aucune espèce transitionnelle).

Tout cela ayant été établi, venons-en maintenant aux arguments avancés par les créationnistes : ils prétendent d’une part que l’on ne sait pas expliquer un certain nombre de choses en matière d’évolution, et que « l’inanimé ne peut donner naissance à la vie », ou encore que l’univers ne saurait se passer de créateur, car « toute chose a une cause » d’autre part. Ce sont là deux arguments par le « dieu des lacunes » (ou dieu des trous comme j’aime à l’appeler). C’est un sophisme revenant à affirmer « nul ne sait comment l’expliquer, donc Dieu l’a fait » ; ou bien sa variante plus généraliste, l’argument par ignorance « personne n’a encore expliqué cela, donc l’ensemble est faux ». Que répondre à de telles âneries ? Si c’est par le biais de la théorie de l’évolution que se fait l’attaque, il suffit simplement de reconnaître son ignorance, mais de préciser que l’absence de preuve ne fait pas la preuve de l’absence, et que dans la mesure où la théorie de l’évolution a été de multiples fois confirmée par des prédictions s’avérant justes, il est fort probable que cela se soit produit, bien que nul ne sache exactement comment.

Si c’est la théorie de l’abiogenèse qui est visée la réponse sera la même, mais dans la mesure où aucune hypothèse à ce sujet n’a encore atteint le rang de théorie pleinement établie, il convient de ne pas s’arrêter là. Il faut en effet pointer le fait que la sentence très commune qu’elle soit exprimée de façon claire ou qu’elle soit masquée, prend comme hypothèse de départ qu’il existe quelque-chose dénommé « âme » au sein des êtres vivants, alors que rien ne démontre que nous soyons autre chose que des mécanismes biochimiques complexes. Enfin, la question de l’origine de l’univers est plus complexe, mais il existe moult raisons qui expliquent cela sans créateur, comme dans cet article, qui n’a pourtant nullement prétention à tous les lister.

Pour conclure, je vais maintenant t’exposer la véritable raison pour laquelle je suis athée, car le puis sans trop digresser maintenant que tous ces points ont été exposés. La seule et unique raison de cela, c’est qu’il n’existe aucun élément objectif montrant l’existence d’un quelconque dieu. Et, en l’absence de cela, la Raison m’interdit de croire en l’hypothèse « Dieu ». Je ne dis pas être certain de l’inexistence de dieu. Il se pourrait même qu’un jour la science mette en évidence des éléments indiquant l’existence d’une conscience à l’origine de l’univers qu’il serait possible de nommer ainsi. Mais, bien que ce jour là, s’il arrive, tous les extrémistes religieux du monde clameront avoir eu raison depuis le début face aux athées et autres sceptiques, et commenceront à se battre pour savoir qui avait le plus raison à propos de cette entité, seuls les sceptiques pourront entreprendre d’étudier rationnellement cette entité, et s’il advenait que l’une ou l’autre des religions avait raison quant à l’une ou l’autre des caractéristiques de celle-ci, ce serait uniquement par chance…

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Humanité de la divinité ; divinité de l’humanité

30 septembre 2011 4 commentaires

L’homme aime à s’inventer des amis imaginaires. Pardon, des dieux. Les caractéristiques du dieu actuellement le plus couramment vénéré sont l’immortalité, la toute-puissance, l’omniscience, l’omniprésence. Voilà des aptitudes peu communes en vérité. Mais, vois-tu, je pressens qu’elles sont bien plus humaines et ennuyeuses qu’il n’y parait. La principale origine de ce pressentiment est que le dieu de chacun est un dieu qui lui ressemble, qui est proche de lui. Ainsi, les grecs voyaient les leurs sur le mont Olympe, en Grèce. Mais les dieux sont proches de nous par bien d’autres façons. Ils ont en effet une tendance prononcée à nous ressembler physiquement. Soit-disant parce-qu’ils nous ont créé à leur image. Ah ! La bonne affaire. Les dieux sont donc imparfaits.

Physiquement tout d’abord : il y a de nombreuses choses qui pourraient être plus adaptées chez l’être humain. La vue pour commencer. Nous avons une tare fort répandue dans le règne animal : nous n’avons que deux yeux. Cela présente l’inconvénient de ne pouvoir fournir qu’une vision panoramique, ou une vision en profondeur, au choix. Mais pas les deux à la fois. En autres exemples, je pourrais également citer les organes dits vestigiaux, comme notre coccyx, nos cinquièmes orteils, divers muscles atrophiés à l’instar de ceux qui nous servaient à faire se mouvoir nos oreilles, de façon utile j’entends, car si je sais personnellement les faire bouger, cela ne m’est que de très peu d’utilité. Tout cela fait que, si dieu il y a et que celui-ci nous ressemble, il est alors fort loin d’atteindre la perfection que nous lui donnons.

Mais, même dans ses attributs plus mystiques que son apparence, le dieu des religions monothéistes me semble fort humain. En effet, ses capacités d’omniscience, de toute puissance et d’éternité ne sont rien moins que ce à quoi aspire l’humanité toute entière. Ce sont certes là des attributs extraordinaires, mais ils n’ont rien d’inimaginable par l’être humain, du moins dans la vision naïve de l’univers qu’avaient les hommes encore relativement primitifs qui inventèrent Dieu. La divinité est donc un concept qui ne saurait être plus humain, tant il est facile de s’identifier à nos dieux. Être divin, c’est dons être très humain. Par opposition le Dieu des philosophes, c’est à dire le concept que ceux-ci manipulent, est très différent des dieux vénérés, par le fait qu’il a des objectifs inconnus, une apparence tout aussi mystérieuse, et que nul ne sait même s’il a les uns ou l’autre. Cela pourrait-être un contre-exemple réfutant la thèse que je viens d’évoquer, car il est extrêmement difficile de s’identifier à une telle entité. Cependant, elle n’est à mon sens appelé Dieu qu’à défaut de meilleur terme, car elle ne désire ni ne reçoit aucune vénération, et aucun culte n’est organisé pour elle. Sous ce point de vue il ne s’agit donc pas d’un réel contre-exemple.

Mais, si les dieux sont humains, c’est à dire qu’être un dieu implique une part d’humanité, la question de l’équivalence se pose : être humain n’implique-t-il pas une part de divinité ? Le fait est que l’humanité a aujourd’hui des capacités, de par sa technologie, qui s’apparentent à ce qui était lors de l’antiquité, et donc de la création des déités modernes, du domaine du divin. Certes, nous ne sommes pas tout-puissants, et encore moins omniscients, mais certaines de nos technologies nous permettent de nous en approcher. Ainsi, nous sommes capables d’adapter des milieux à nos besoins dans une mesure jamais vue auparavant dans l’histoire du vivant, allant même jusqu’à pouvoir dans une certaine mesure séjourner dans le milieu le plus hostile qui soit à la vie : l’espace. Par les techniques de télécommunications modernes, nous pouvons être informés d’évènements se déroulant à l’autre extrémité de notre planète sans avoir à bouger, et en une durée si brève qu’elle équivaut à l’instantanéité à notre échelle de vivre le temps. Un exemple que j’aime à citer, lecteur est que, si un homme aux antipodes de toi s’adresse à l’un de ses amis situé à une centaine de mètres de là, en ayant un micro relié au système adéquat près de la bouche transmettant cela à ton poste de radio, alors à condition que tu sois suffisamment proche de celui-ci, tu entendras l’appel de cet homme avant son ami.

Ces deux exemples de la possibilité, même limitée,  de vivre dans l’espace, et des capacités de nos moyens de télécommunication, me semblent s’apparenter respectivement à l’omnipotence et l’omniscience, à des degrés certes très faibles, mais néanmoins certains, d’autant plus qu’il est certain qu’il est possible d’améliorer encore cela. Ces capacités quasi-divines que nous confère notre technologie n’est cependant pas la seule chose qui me fait penser qu’il existe une équivalence entre humanité et divinité, bien qu’elles soient les plus concrètes. La capacité de réflexion de l’homme me ferait dire cela, même en l’absence de toute trace de technologie moderne. Le simple fait d’être capable de se rendre compte que l’on pense ouvre des capacités menant inévitablement soit à l’auto-destruction d’une espèce par une trop grande hostilité intra-spécifique ou une trop grande irresponsabilité couplée à de trop grandes connaissances du monde, soit à des capacités plus divines encore que celles que nous possédons actuellement, par un accroissement des connaissances toujours plus importante et souhaitable.

Nous rôtirons tous en Enfer

8 juillet 2011 2 commentaires

A en croire les religieux d’obédience judéo-chrétienne, il existerait un enfer où, après notre mort, nous irions rôtir si nous n’avons pas été assez bons. La première condition pour éviter cela serait de croire de la bonne façon en le bon dieu (chose compliquée une fois prise en considération la multiplicité des dieux et façons différentes d’en vénérer un seul), et accessoirement de ne pas commettre trop de péchés. Parmi ceux-là, il en est un qui m’intéresse tout particulièrement, le péché d’orgueil. C’est là l’un des péchés capitaux, l’un des plus graves qui soient. Considérons maintenant les différentes formes de croyances. La plupart ne m’inspirent que le qualificatif de bénignes et inoffensives, mais il en est d’autres qui sont autrement plus agressives. Leurs pratiquants se considèrent comme détenant la vérité ultime, et que donc tous les autres ont tort. Et entre autres que tous ceux qui les contredisent sont au mieux manipulés par un démon, au pire en sont carrément, en passant par la case de la possession. Et ce sont les plus farouches défenseurs de l’existence de l’Enfer, et des conditions précédemment évoquées pour y entrer.

Et ici, vois-tu, lecteur, je décèle un problème, et non des moindres. Car en effet, il se trouve que pour continuer à soutenir que l’on détient la vérité universelle, envers et contre tout et tous, sans jamais douter un instant, il faut une bonne dose d’orgueil. Fait amusant, selon ces gens là, le doute est également un péché grave, même si non-capital. Je suppose que tu vois comme moi le piège se refermer. Si l’on ne croit pas à leur façon, on est d’essence démoniaque, et donc bon pour l’Enfer. Mais, ce qu’ils oublient de mentionner, c’est que si l’on croit selon leurs dires en les respectant à la lettre, on commet un péché capital, et se retrouve donc tout aussi près d’aller en Enfer. Et la position intermédiaire n’est pas permise, car c’est selon eux se moquer de leur dieu et se retrouver, encore une fois, destiné aux flammes infernales. Le Paradis auquel ces religieux aspirent avec dévotion est donc inatteignable, quelque soit la posture d’esprit que l’on adopte.

Fait intéressant, ce sont souvent ces mêmes gens qui dénoncent l’athéisme comme étant la source de vices, arguant sans fondements que seule la religion est source de morale. Outre le fait que, bien que farouchement athée, je dispose d’une morale, le raisonnement que j’ai tenu ci-dessus me permet de leur retourner la leçon. Si la principale motivation pour faire le bien autour de soi est d’aller au Paradis plutôt qu’en Enfer, et que cet objectif est comme nous l’avons vu inatteignable, alors, à quoi bon faire le bien autour de soi ? Autant se faire plaisir durant le bref laps de temps sur terre qui nous est alloué, et faire ce que « bon » nous semble. Après tout, Dieu ne nous a-t-il pas accordé le libre-arbitre ? Et si libre-arbitre il y a, alors autant s’en servir. Et tant pis pour les autres. En revanche, le rationalisme tant décrié par ces religieux peut fonder sa morale sur l’immortalité par le biais de sa progéniture, et la survivance ainsi assurée de son génome. L’humain ne pouvant survivre seul, il nous faut donc pour assurer notre survivance respecter l’autre dont notre survie dépend…

Trêve de mauvaise foi, si l’humain fait preuve de morale, ce n’est nullement par un raisonnement abstrait, mais par ses gènes bien concrets ! La survie d’une espèce dépend en partie de la capacité de ses membres à ne pas s’entretuer. Au niveau de l’individu, seul qui compte vraiment, cela signifie que celui-ci a de meilleures chances de survie s’il ne risque pas (trop)  de se faire massacrer par l’un de ses congénères lors d’une lutte territoriale. Partageant, de par la proximité des ancêtres, son génome avec ceux-ci, l’individu évite également de tuer ou mutiler son semblable. Cela peut sembler absurde et trivial, mais c’est là le fondement de la société. En effet, avant de songer à fonder une société, il vaut mieux que ses membres évitent de s’entretuer. Plaisanterie à part, c’est parce-que l’évitement du meurtre du congénère passe par une ritualisation de l’oscillation entre envie d’agression du congénère et peur de celui-ci, qui finit par être codée dans le génome. Une fois cette étape franchie, la partie « peur » du geste prend une signification d’apaisement du semblable agressif, ce qui dans certains cas permet la formation d’une société. Cela est confirmé par certaines déficiences d’origine génétique qui empêchent certaines personne de ressentir des remords, et ce de façon physiologique.

Cependant, cela ne suffit pas à expliquer la totalité des comportements composant la morale, et surtout la disparité de ce qui est considéré comme moral entre des cultures différentes. C’est là une autre forme de ritualisation, non plus fondée sur le génome, mais sur les capacités cognitives relativement développées de l’humain. Le processus est pour ainsi dire quasiment identique, bien que plus rapide, et crée des contraintes tout aussi fortes. Cela a été confirmé par des expériences sur des animaux sociaux évolués tels que les oies. A force de reproduire un même comportement, l’individu peut finir par développer des symptômes de manque s’il ne peut plus, ou s’il oublie de les effectuer, se traduisant par une grande angoisse et une forte agitation fort semblables à ce que nous ressentons lorsque nous savons avoir commis une faute. Et tout comme le génome, ces comportements sont transmis à la descendance de celui qui les développe par le biais de l’éducation. Ainsi, la plupart des êtres humains se comportent de façon morale non par choix, non par crainte, non par rationalisme, mais parce-qu’ils sont incapables d’agir autrement. C’est mon cas, et sans doute est-ce le tien. Même si la morale peut varier selon les individus, le code d’honneur d’un petit voyou pouvant ici y être assimilé.

Notre libre-arbitre n’est donc pas absolu, car nous sommes tout autant contraint par nos gènes que par notre éducation. La morale n’a rien de divin, elle peut être expliquée par des processus biologiques et physiologiques, et si nous la respectons, c’est parce-que nous sommes dans la plupart des situations incapables de faire autrement. J’ai tendance à me méfier de celui qui annonce suivre les règles de la morale par respect pour un quelconque dieu, car celui-là n’est rien d’autre qu’un hypocrite. Il ne te respecte probablement pas parce-qu’il en ressent la contrainte de lui-même, mais par la contrainte « extérieure » de son dieu. Cet individu a complexifié le processus menant à la morale en y rajoutant un dangereux intermédiaire : celui de la religion. Car il convient de ne pas oublier que, si la religion peut mener effectivement à la morale, nombreux sont ceux qui ont tué et sont morts en son nom. Un extrémiste religieux sera plus prompt à souhaiter la mort de quelqu’un ne partageant pas ses croyances que d’un autre. La religion est source de morale, parce-qu’elle est exhausteur de violence et doit pour sa survivance s’assurer que ses fidèles ne se massacrent pas entre eux. Les infidèles en revanche…

Idées quant à origine de l’obstination du concept de la Création

S’il est une chose qui m’atterre, c’est bien la faculté de certains croyants à s’agripper à leurs convictions comme des rats à une planche flottante suit à un naufrage. Ce naufrage, ce n’est même pas celui de l’idée de leur dieu, mais celui de la conviction d’un monde aux limites intelligibles par l’être humain autrement que sous la forme de chiffres. L’assertion courante selon laquelle les scientifiques ajoutent des millions d’années à n’importe quoi pour faire passer n’importe quelle hypothèse en est la preuve flagrante. Un million d’années, c’est une durée fort brève. Certes, ce sont aussi des milliers de générations d’êtres humains, mais le fait que nous soyons des observateurs éphémères ne fera pas plier la réalité pour mieux se rapprocher d’une conception concrète de ce qui nous entoure.

Le principal angle d’attaque de ceux qui s’obstinent à vouloir qu’un dieu aie créé l’univers de la façon décrite dans un livre plurimillénaire recopié d’innombrable fois à partir d’une tradition orale elle-même plus ancienne encore, c’est la théorie de l’évolution, formulée pour la première fois par Charles Darwin. Sans doute est-ce parce-qu’elle remet en cause le statut privilégié que l’homme aime à se donner par rapport aux autres animaux, donnant l’impression de nous rabaisser à égalité avec eux. Je dis bien l’impression, car une théorie ne fait qu’énoncer un fait, si elle invalide une croyance antérieure, c’est que la dite croyance était erronée, le fait a toujours été vrai. En clair, la théorie de l’évolution ne nous rabaisse pas, elle nous montre juste la vérité, en nous arrachant le piédestal illusoire que nous nous étions construit.

Les créationnistes, puisqu’ils sont ainsi appelés, tentent de réfuter la théorie de l’évolution par un certain nombre d’arguments n’ayant de scientifiques que l’apparence, et pouvant se résumer ainsi : « Puisque je ne peux imaginer comment cela s’est produit, c’est que Dieu y est intervenu ». Le plus courant de ces arguments est celui de la complexité irréductible. Je me suis ainsi déjà fait arguer qu’une chauve-souris avec une aile à demi-formée ne serait qu’une proie facile pour les prédateurs, ne pouvant ni vraiment voler ni vraiment courir. Argument démontrant avant tout l’abjecte stupidité de l’énonciateur (non, je n’ai nulle obligation d’être poli, je préfère être honnête). Il m’est en effet aisé de trouver un exemple d’adaptation en cours au vol : l’écureuil volant. En se basant sur cela, je peux imaginer que les proto-chauves-souris étaient arboricoles, et qu’elles ont peu à peu développé les doigts et les membranes de leurs pattes antérieures, leur conférant une capacité de saut plus grande, tout en leur permettant de continuer à courir confortablement, jusqu’à être capables de voler pleinement, moment auquel les parties du corps servant à la marche s’atrophient au profit de celles servant au vol. J’ai en fait depuis lu un article mentionnant que l’inhibition d’un gène et une légère modification d’un autre permettaient la formation d’une aile pleinement formée, donc apte au vol pourvu que les muscles suivent.

Les systèmes irréductiblement complexes existent pourtant. Je traiter ici du cas général. Il s’agit d’un système comportant plusieurs éléments, et ou la destruction ou la modification du moindre élément rendent le système inopérant et inutile. Sur ce point, je suis d’accord avec les créationnistes, de tels systèmes existent. Et c’est bien le seul. Car je clame, contrairement à eux bien sur, que de tels systèmes peuvent avoir été conçus par le biais de l’évolution naturelle. Et je le montre (toujours dans le cas général). Prenons un système quelconque accomplissant une tâche quelconque. Par le biais des mutations, certains éléments deviennent redondants. ces redondances étant favorables à l’individu les présentant (dans le cas d’un capteur, lui donnant plus de précision), elles sont conservées. Nous obtenons donc une espèce avec des redondances. Par une nouvelle mutation, l’une des occurrences s’active sous condition que l’autre soit aussi activée (ce qui permet par exemple une économie d’énergie). La liaison entre l’activateur et la suite de la chaîne devient inutile et peut disparaître. Cela forme un système irréductiblement complexe. Qui a évolué naturellement.

Un autre argument montrant l’ignorance scientifique des créationnistes est l’appel aux lois de la thermodynamique, la deuxième loi pour être précis. Celle-ci statue que l’entropie d’un système (ou désordre pour simplifier) tend à s’accroître avec le temps, et que les systèmes ordonnés requis pour la formation de la vie et l’augmentation de l’ordre requise par l’évolution briseraient ce principe. Si l’on se contente de la biosphère, cela est vrai. Seulement, on ne le peut pas, cette loi n’étant valable que pour des systèmes isolés. Or, il se trouve qu’aucun système n’est réellement isolé, à part, peut-être, l’univers pris dans son ensemble. De façon plus concrète, l’entropie globale du système auquel la vie appartient augmente par le biais du soleil, dont l’apport en énergie est tout sauf négligeable, et par celui de la chaleur de la Terre elle-même, ce qui a pu être capital durant les premières étapes du cheminement de la vie.

Le grand problème, c’est que peu importe le nombre de fois où les créationnistes se verront réfuter leurs soi-disant arguments scientifiques, ils resteront fermement ancrés dans leurs convictions. Car celles-ci ne font pas appel à la raison, mais à la foi. Mais il leur reste un autre angle d’attaque. Celui de la philosophie et plus précisément de la métaphysique. C’est là un refuge d’où ils peuvent ignorer les preuves scientifiques apportées à la théorie de l’évolution. L’argument le plus mauvais et le plus courant employé est que la théorie de l’évolution prétend que la vie est apparue par pur hasard. C’est là une assertion fausse, cette théorie n’émettant aucun postulat quant à l’origine de la vie, ne s’intéressant qu’à la façon dont elle se comporte une fois qu’elle existe, quand bien même ce serait un dieu tout puissant qui l’aurait fabriquée de toutes pièces.

La vérité est que la science ignore encore pour l’instant l’origine exacte de la vie, mais plusieurs hypothèses non-encore invalidées, bien que pas encore validées, ont été émises. Ces hypothèses visent à concevoir une théorie dite de l’abiogenèse, radicalement différente de celle de l’évolution, bien que pouvant éventuellement s’appuyer sur certains principes de celle-ci. Oui, j’affirme haut et clair que j’ignore d’où provient la vie. Mais, si tu te renseignes sur la théorie de l’abiogenèse, tu verras qu’il n’est pas impossible d’imaginer des scenarii où la vie apparaîtrait spontanément, se complexifiant ensuite par le biais de la combinaison des mutations et surtout de la sélection naturelle.

Une fois battus en brèche sur ce point, les créationnistes sortent du domaine des sciences de la vie, pour s’intéresser à la physique elle-même. Ils se mettent à prétendre que l’univers a un commencement montré par la science elle-même, qu’il est trop finement réglé pour permettre l’apparition de la vie pour que cela se produise par hasard, et que cela nécessite une conscience supérieure capable, tout d’abord de créer cela, ensuite de le régler correctement. Cette assertion est fausse, ne serait-ce que parce-que la science ne dit nullement que l’univers a un commencement. Ce qu’elle dit, c’est qu’il a connu une période extrêmement dense et chaude où son expansion était très rapide. C’est là la définition correcte du Big Bang. En théorie, il y a bien un instant où l’univers est infiniment dense et chaud, et infiniment petit. C’est ce que l’on appelle une singularité. Pour commencer, cela ne signifie rien, car cette singularité a très bien pu n’être elle-même qu’une phase de l’évolution de l’univers.

Ensuite et surtout, cette singularité ne se serait produite que si les lois de la physique restaient identiques dans le temps. Or, il se trouve qu’elles changent. Exprimé de façon plus rigoureuse, il nous faudrait une théorie de la gravité quantique. En effet, la gravité telle que nous la formulons dans la théorie de la relativité générale ne tient pas compte du principe d’incertitude de Heisenberg. Or, il se trouve qu’à partir (en remontant de le temps) d’un instant dénommé temps de Planck, l’influence du principe d’incertitude sur la gravité devient non-négligeable, à cause de l’extrême densité de l’univers. Pour percer cette barrière, il faudrait une théorie où la gravité prendrait en compte le principe d’incertitude, fusionnant la théorie de la relativité et la théorie quantique en une théorie que j’ai déjà nommée, dite théorie de la gravité quantique. En résumé, nous ne savons pas d’où provient l’univers.

Cependant, il existe ce que je me plais à appeler des embryons de théorie, dans la mesure où ces théories n’ont pas encore été validées par l’observation de leurs prédictions. La plus prometteuse à l’heure actuelle est la théorie des super-cordes, bien que ce ne soit pas la seule. Elle est en tous cas suffisamment prometteuse pour avoir motivé la construction du LHC afin de mener les expérience nécessaires à sa validation. Il se trouve que cette théorie, comme toutes les autres théories de la gravité quantique, prédit l’existence de quelque-chose avant le Big Bang, en l’occurrence des branes flottant dans un espace-temps plus vaste, à davantage de dimensions.

Je l’avoue, cela fait en vérité beaucoup de choses que nous ignorons. Mais nous ignorons beaucoup moins de choses qu’il y a un siècle, ou qu’il y a mille ans. Les hommes voyaient autrefois en la foudre un phénomène divin, et nous savons aujourd’hui qu’il ne s’agit que du résultat de la différence de potentiel entre les molécules chargées des nuages et le sol, ce qui est un phénomène parfaitement naturel. S’il avait fallu brûler tous ceux qui émettaient des hypothèse autres que celle de la colère de Zeus, nous n’en serions pas là où nous en sommes aujourd’hui. Mettre le surnaturel derrière chaque évènement dont on ne parvient pas à imaginer d’explication rationnelle est une marque d’abjecte stupidité. Dieu, c’est la mort de la pensée scientifique. Sans compter l’orgueil que représente le fait de prétendre tout savoir à l’aide d’une seule explication.

Toutes les croyances identiques

Peut-être penses tu, lecteur, qu’un athée se doit de ne pas avoir de croyances. Un athée, s’il rationnel tout du moins, fonde sa vison du monde sur des éléments observables, des faits vérifiables et reproductibles. Nous nous devons donc d’éviter autant que possible de nous fier à des hypothèses non-vérifiées, et nous méfier à toute force des opinions pseudo-scientifiques, n’ayant de rationnelles que l’aspect, ne se fondant que sur du vent pour escroquer, voire pire, prôner la violence contre d’autres êtres humains sans que ceux-ci nous aient provoqués. De bons exemples en sont respectivement toutes les pseudo-sciences comme l’homéopathie, et l’eugénisme, idées aussi vaines l’une que l’autre, la seconde étant toutefois nettement plus nocive que la première. Les athées doivent donc se garder de rediriger la foi aveugle que d’autres vouent à d’illusoires divinités vers les sciences et ce qui s’y rapporte, sous peine de tomber sous les coups de travers tout aussi fâcheux.

Cependant, les sciences modernes sont si avancées, et progressent à une telle vitesse que nul ne peut se tenir informé de l’entièreté des connaissances humaines, même s’il y consacre sa vie. Nous nous trouvons donc face à un problème insoluble : comment parvenir à circonvenir le champ de notre savoir de telle sorte qu’il soit intelligible par tout un chacun, sans avoir à y dépenser toute son énergie ? Le seul moyen de s’en sortir repose dans la croyance. Entends-moi bien : je ne parle pas ici de la croyance en une quelconque entité immanente, ni en de quelconques faits plus ou moins nébuleux. Je parle de la croyance en nos semblables. S’il est effectivement impossible de se tenir au fait de l’intégralité des découvertes humaines, il est en revanche possible de se spécialiser de façon à comprendre à fond une branche réduite, comme la microbiologie ou la physique nucléaire, et de s’y maintenir à jour tout du long de sa carrière.

Les concepts manipulés par ce qu’il est possible d’appeler une « élite », une fois suffisamment bien compris par celle-ci, pourront être simplifiés et rendus intelligibles à tous. Cependant, pour rester raisonnable, il convient de s’assurer de la fiabilité des connaissances ainsi simplifiées. C’est donc ici qu’intervient la validation par les pairs. Toute donnée rendue publique se doit d’être fondée sur des expériences reproductible, ou déduites de données objectivement enregistrées, puis soumises à plusieurs analyses de la part de différents groupes. Si l’écrasante majorité des experts s’accorde à dire qu’une théorie, en l’état actuel de nos connaissances, peut être considérée comme vraie, alors, en sachant que l’exposition d’une preuve invalidant cette théorie rendrait immédiatement célèbre son découvreur, le plus raisonnable est pour ainsi dire de croire ces experts sur parole, et d’accepter comme vraie la-dite théorie, tout au moins jusqu’à ce qu’un fait nouveau ne l’invalide. Quant à l’hypothèse selon laquelle tous les experts comploteraient pour cacher une quelconque vérité, c’est celle-ci qui est déraisonnable. En effet, sur des milliers de personnes impliquées, si brillantes soient-elles, il y aurait sans aucun doute depuis temps eu une fuite.

Ainsi t’ai-je expliqué que, pour rester rationnel, il faut croire. Mais ne t’y trompes pas : cette foi n’a rien à voir avec celle de la religion. Pour commencer, il est possible de réfuter cette croyance : il suffit pour cela d’étudier le domaine concerné, et cette croyance en l’homme qui découvre fera place à la confiance en des connaissances étayées, justifiées par des faits observables. Cependant, comme nous l’avons vu, il n’est pas nécessaire d’étudier à fond chaque discipline pour se faire une idée du monde qui nous entoure. Car le mot croyance que j’ai utilisé est en vérité parfaitement interchangeable avec le mot confiance. Il ne s’agit pas tant de s’enfermer dans un système fondé sur la foi que d’éviter de s’enfermer dans un autre où le seul être digne de confiance est soi-même, posture pathologiquement paranoïaque.

Un croyant pourrait objecter que la devise des USA, « In God we trust », c’est à dire « Nous croyons (dans le sens de faire confiance) en Dieu » dénote une foi semblable chez les fidèles des religions. C’est indéniable. Mais cette foi n’est en vérité que subsidiaire à une autre, celle de l’existence de ce Dieu, car il m’est difficile d’imaginer qu’un esprit même malade puisse faire confiance à quelque chose qui n’existe pas pour lui. Or, l’opinion sur l’existence ou l’inexistence de Dieu ne sera jamais qu’une croyance, au sens propre du terme. Il convient ici de préciser que douter de l’existence des scientifiques à l’origine des publications est dangereusement proche du doute de l’existence de tout ce que l’on n’a pas pu observer, croyance qui, tout comme celles concernant Dieu, est totalement indémontrable, mais surtout irréfutable, et étant donné que nous nous plaçons ici dans le domaine de la science, il convient de la rejeter.

Il convient ainsi de distinguer les deux sortes de croyances : celles en des chose dont on peut dire qu’il est possible de les transformer en savoir à proprement parler, et celles en des choses dont nul ne peut proprement déterminer le degré de véracité, que ce soit par manque d’avancement du niveau des connaissances de l’humanité prises dans leur ensemble, ou parce-que nul ne pourra jamais déterminer avec certitude si elles sont vraies ou fausses. La première sorte fait appel à la confiance, confiance en son semblable indispensable pour ne pas sombrer dans le délire paranoïaque, la seconde n’appelle qu’à une foi aveugle et dénuée de réflexion. Bien que le second type puisse, il est vrai servir de guide valable, ce n’est possible qu’à condition de se dégager de l’interprétation littérale du message donné.

Pour autant, la plupart des textes véhiculant ces croyances étant très anciens, il convient de contextualiser leur contenu, et de ne pas chercher à chercher un message aujourd’hui considéré comme sain derrière chaque mythe contenu dans des recueils tels que la Bible. Pour rester sur cet exemple, cette dernière contient ainsi l’appel au meurtre de toute personne ne partageant pas les croyances professées par ce livre, cas ou je discerne mal une morale morale (non, pas de répétition ici). Cela peut en par contre avoir une utilité, et aider à la cohésion d’un groupe trop grand pour que les liens personnels fonctionnant au sein de le tribu demeurent valables, ne restant uni que grâce à des croyances communes. En revanche, il est totalement néfaste dans une nation moderne (qui demeure une forme de groupe social très vaste), tellement grande qu’il est illusoire de maintenir une foi commune parmi tous les individus la composant, et je n’évoque même pas le niveau international, lequel est pis encore.

Ceci est dit pour être certain que tu me comprennes bien lorsque je vilipende la religion et les religieux : ce ne sont nullement les croyants modérés que je vise (bien que j’estime, et je ne m’en cache pas qu’ils ont tort de croire, bien qu’ils en aient parfaitement le droit), mais les extrémistes en tout genre trop stupides ou paresseux pour faire une lecture autre que littérale de leur livre, quel qu’il soit. Quant à mon problème avec les hautes sphères des différents clergés, déjà exprimé, il tient avant tout dans mon exécration du pouvoir sous toute ses formes. Ceci étant dit, j’espère, si tu es croyant, que tu ne vas point me traiter d’intolérant athée. Ou alors seulement avec ce qui ne me tolèrent déjà point.

O et l’univers

Sais-tu, lecteur, qu’il existe encore en France et ailleurs des individus prétendant que l’univers fut créé il y a environ 6000 ans par Dieu ? Sais-tu qu’ils qualifient de mensonge toute preuve indiquant le contraire ? Voilà qui est fort risible. Bien qu’également très inquiétant, du fait de la nature obscurantiste de cette position. Cependant, tu n’es sans doute pas ainsi. Pour toi, très probablement, l’univers est apparu il y a environ 14 milliards d’années avec le Big Bang. Voilà un fait scientifique et fondé songes-tu. J’ai précédemment évoqué, ce que je pensais de l’apparition de ce qui existe selon la religion. Je le reconnais, et ne me leurrais déjà pas au moment de la rédaction de ce précédent article, il s’agissait là d’une simple opinion, sans réelle argumentation. Car on ne peut raisonner sur ce qui sort du champ de la Raison. En revanche, je me propose aujourd’hui d’exposer le passé de ce qui existe en restant dans le champ de la science.

Le Big Bang est dans l’imaginaire collectif l’instant 0, le point O de tout ce qui existe, une explosion d’où sont issues temps, espace et matière. Ce n’est pourtant pas cela. Ce que nous savons réellement, c’est qu’il y a environ 14 milliards d’années, l’univers a connu un instant où il était très dense et très chaud, et même, en théorie, infiniment dense et chaud. Après cet instant, il a connu une expansion extrêmement rapide, et pour simplifier à l’extrême car tel n’est pas mon sujet, la matière a commencer à se former sous la forme que nous connaissons. On a ainsi vu se former de l’hélium, du lithium, et tous les éléments jusqu’au béryllium. L’univers était alors principalement composé d’hydrogène. Enfin des grumeaux de matière ont vu le jour sous l’effet de la gravitation, devenant de plus en plus denses et chauds, formant les étoiles qui, à leur mort formeront les éléments les plus lourds.

Mais revenons donc à l’origine. Définissons cette limite. Pour la plupart, cet instant est la limite car il n’y avait rien avant. Mais ce n’est pas ce qu’énonce la science. Ce que la science nous dit, c’est que cet instant est le premier instant où les lois de la physique telles que nous les connaissons peuvent être appliquées. Ce qu’il faut savoir, c’est que le Big Bang est théorisé par la relativité générale. Cette théorie n’est valable que pour la force gravitationnelle. Or il se trouve que lorsqu’on s’approche de l’instant du Big Bang, cette force n’est plus la seule à agir. Il existe en effet trois autres forces, à savoir la force électromagnétique (celle que nous observons au quotidien, ce qui n’est pas rien), l’interaction forte et l’interaction faible, ces deux dernières ne s’appliquant qu’à des échelles extrêmement petites.

Mais ce n’est pas tout : lorsque l’on s’approche de l’instant du Big Bang, ces forces tendent à ne plus former qu’une seule. Il est en effet prouvé que, lorsque l’on remonte dans le temps, les forces électromagnétique et faible deviennent équivalentes, formant la force électrofaible. Plus tôt encore, cette force électrofaible devient elle-même équivalente à l’interaction forte. En l’état actuel de nos connaissances, seule la force gravitationnelle est pleinement distincte des autres. C’est ainsi que, en remontant dans le temps, la relativité générale devient insuffisante pour décrire les évènements, nous interdisant de comprendre ce qui se passa avant l’instant dénommé « Big Bang ». Il faudrait pour cela parvenir à unifier les mécaniques relativiste et quantique, projet encore en travaux.

Cependant, si la théorie actuelle est insuffisante pour décrire cet univers primordial, cela n’interdit pas de formuler des hypothèse à partir de théories encore en cours d’élaboration (comme par exemple la théorie des supercordes). Ces conjectures nous font nous retrouver, au choix, avec un espace-temps à plus de quatre dimensions (les autres étant repliées sur elles-mêmes), ou bien il serait à toute petite échelle discontinu plutôt que lisse, ou encore il serait théoriquement dérivable ou déductible à partir de quelque chose de plus vaste qui ne serait pas un espace-temps… Notes toutefois que toutes ces possibilités sont extrapolées à partir d’embryons de théories pas encore vérifiées par l’observation et encore en cours d’élaboration, donc il n’agit que d’hypothèses tirées d’à peine plus que des hypothèses…

Toutefois, les chances pour que l’une de ces extrapolations soit juste sont à mon sens non négligeables. Or, il se trouve que quelque soit l’hypothèse choisie, il existe quelque chose avant le Big Bang. Dans un cas, il s’agit d’une « brane » (sorte de « surface » d’univers flottant dans un espace-temps plus vaste) flottant dans un espace-temps à dix dimensions voire plus (« espace » étant ici utilisé à défaut d’autre terme).Dans un autre, on  a un univers en contraction rebondissant sur lui-même lorsque sa densité atteint une valeur indépassable. Peu m’importe la vérité à ce sujet, ce qui compte ici, c’est que le Big Bang n’est pas un « début de tout ». Ce n’est que le début d’une nouvelle phase de l’existence de l’univers. D’où sort cette précédente phase ? Nul n’en a la moindre idée. Ce qui n’est pas plus mal car il faudrait pour cela être fixé sur sa nature exacte. Ce qui compte, c’est la disparition du « Big Bang-Fiat Lux ».

En effet, ce qui est important, c’est que l’existence de quelque chose avant le Big Bang interdit aux religieux de prétendre qu’il s’agit là du Fiat Lux originel de leur dieu. Cela fait une « preuve » de l’existence de celui-ci qui disparaît, du moins temporairement, jusqu’à ce que la science soit en mesure de se poser la question « D’où sort ce pré-Big Bang ? « .Cela rend également plus présente la question du « Pourquoi quelque-chose plutôt que rien ? », à laquelle Dieu semble une réponse toute trouvée. Fausse réponse d’ailleurs. Car, en admettant que celui-ci soit à l’origine de l’univers, cela ne ferait que poser une question plus insoluble encore qui serait « Pourquoi Dieu plutôt que pas de Dieu ? », tellement insoluble qu’elle ne serait qu’un obstacle infranchissable à la pensée, signant en définitive la mort de celle-ci. Certes Dieu peut avoir existé de toute éternité, et créé l’univers. Mais face à cela j’ai une proposition toute simple à faire aux religieux qui veulent à tout prix un Dieu, même au prix des postulats les plus hasardeux : et si nous réduisions le nombre de postulats douteux à un seul en considérant jusqu’à preuve du contraire que c’est l’univers qui a existé de toute éternité ? Rasoir d’Ockham.

Créationnistes : pourquoi je vous aime

L’une des grandes questions à laquelle les humains cherchent une réponse est : « D’où venons nous ? ». N’importe quelle religion digne de ce nom a une réponse à cette question, comme celle-ci. Et même les moins sérieuses en ont. Elles tentent toutes de nous dire comment tout d’abord l’univers puis les humains sont apparus (il s’agit bien de deux questions différentes). Si tu veux bien, je me cantonnerai aux religions monothéistes. C’est qu’à cause de la pléthore de religions existant de par le monde, mieux vaut se fixer un champ d’analyse restreint à celles qui rassemblent le plus de fidèles. Ces religions ayant la particularité de vénérer, le même Dieu et donc d’avoir une idée pour ainsi dire identique quant à la création du monde, j’emploierai pour les désigner le singulier. Enfin, il me faut t’annoncer clairement le but de mon discours : m’attaquer au mythe des origines de cette religion.

Vaste entreprise. C’est pourquoi mon attaque te fera sans doute l’effet de voir un moustique piquer un éléphant. Cependant, je me dois te t’exposer les raisons de cette attaque : c’est une manifestation de mon exaspération face au créationnisme. Sa thèse est inattaquable, de par sa constitution de foi, et nul ne peut se battre contre du vent. Ou alors, il n’obtiendra pas de grands résultats. Non, je ne veux convaincre personne. Je veux irriter ceux qui s’imaginent qu’une entité infinie est à l’origine de toute chose. Je hais les religions, les croyants m’irritent dès lors qu’ils affichent trop franchement leurs idées. Je me fends donc ici d’une réponse mesquine et sans grand autre intérêt que de me soulager.

Me soulager de tout ce qui m’irrite commence donc ainsi : le mythe biblique de la création est une idée d’une laideur sans nom. Elle est lourde, dénuée de poésie, n’a rien d’épique, se contente d’un déroulement assez linéaire pour me rendre neurasthénique s’il s’avérait qu’elle fusse vraie.Un démiurge se contente de créer des choses, les unes après les autres, et leur donne une hiérarchie bien précise. Peut-être trouve-t-on dans ce mythe ce qui m’exaspère le plus dans les mentalités nourries à la Bible : la suffisance d’être le summum de tout ce qui existe. L’incapacité à concevoir le mieux. La seule chose qui soit au-dessus de nous serait insurpassable par définition, et pis, nous serions condamnés à la servir.

Parlons en d’ailleurs de ce Dieu unique. Il est supposé être parfait. Infiniment savant, donc omniscient. Infiniment puissant, donc omnipotent. Si nous sommes le sommet de la sa création, alors comment avons nous pu chuter par le pêché originel ? Tu sais comme moi que celui-ci est supposé être le fait d’avoir mangé le fruit défendu. Qu’Adam et Ève savaient, de la bouche de Dieu être défendu. Or, tu as sans doute remarqué comme moi qu’il est dans notre nature d’être tentés par ce qui est défendu. Dieu le savait forcément puisqu’il est supposé être omniscient. Il pouvait y remédier, étant omnipotent. Pourquoi n’a-t-il donc rien fait ?

Pire encore : ces religions prétendent que Dieu permet le mal car il veut laisser le libre arbitre à sa création. Mais la simple existence de ce dieu rend impossible le libre arbitre. Dieu est omniscient : il connait tout du passé, du présent… et du futur. Il ne peut pas non plus se tromper. Si cela est vrai, le libre arbitre ne peut pas exister. Même si nos souffrances, nos peines, nos joies sont réelles, leur enchaînement a été connu de tout temps par une entité extérieure. Leur cours de nos vies s’allonge, et nous ne pouvons rien y changer, juste avoir l’impression de changer quelque chose, car le contraire signifierait que Dieu se serait trompé, ce qui est par définition impossible. Le criminel ne serait donc pas à blâmer.

Mais intéressons nous à ce Dieu omniscient. Et uniquement à lui. Son omniscience étant absolue, elle s’applique également à ses propres actions. Ne pouvant se tromper, il est lui aussi sur les rails de sa destinée : il est incapable de changer quoi que ce soit à ses plans sous peine de contredire son omniscience, ce qui est impossible. Il aurait donc de tout temps décidé de ses actions. Il serait l’immuabilité, une chose laide car orgueilleuse et figée, sûre et à raison de n’avoir de comptes à rendre à personne, pas même à elle-même. Comment Dieu peut-il donc se permettre de différencier le Bien du Mal dès lors qu’il n’a pas d’égal à qui rendre compte ? Il va de soi que sa définition ira dans son sens, elle sera orientée pour lui convenir. Le Bien de la Bible n’est donc pas le Bien absolu, de même que le Mal tel qu’il est défini dans la Bible ne saurait prétendre à être objectif.

De toutes façons, tout mon discours est inutile : l’évolution des espèces est un fait, et non une théorie, la théorie dite de l’évolution se contentant de tenter de décrire ses mécanismes. Les dieux, et plus précisément le Dieu des religions du Livre, étant des abstractions dont il est impossible de démontrer la véracité, mon raisonnement ne permet de ne dicter aucune conduite concrète, car il ne parle que de futilités. Considères donc ce texte, lecteur, davantage comme un exercice de style que comme un réel raisonnement.