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Précision des sciences

25 novembre 2013 Laisser un commentaire

La capacité à observer, comprendre et modifier ce qui nous entoure est une chose très importante dans la définition de ce que nous sommes. En effet, la principale différence communément établie entre un être intelligent et une bête est la capacité à concevoir, construire au besoin, et surtout utilise des outils. Ce n’est pas pour rien que les espèces que nous jugeons les plus proches de nous en termes d’intelligence sont jugées selon ce facteur. Cette capacité est notre spécialité. A tel point qu’il me semble évident que c’est ce qui nous permet d’occuper la niche écologique où nous nous trouvons, quand bien même je serais totalement incapable de définir celle-ci avec précision.

Cette « intelligence », puisque c’est le mot que nous employons, nous a permis de subir une évolution culturelle, sur laquelle je n’ai ni le temps ni les compétences de m’étendre. Mais il me semble également évident que cette évolution culturelle inclut, que ce soit en cause ou en conséquence, et sans doute le plus souvent les deux à la fois, le raffinement de nos méthodes d’observation, de compréhension, et de modification de notre environnement.

Quelque part au cours de cette évolution, nous avons mis au point ce qui est couramment appelé la méthode scientifique. Et nous voici donc, lecteur, au point exact d’où je souhaite partir. Pourquoi alors, me demanderas-tu, fais-tu ces digressions préliminaires ? Pour mettre en contexte, et gagner du temps d’explication par la suite, te répondrai-je. En effet, vois-tu, rien n’est interprétable sans son contexte. Mais cela est une autre histoire, que je traiterai peut-être bien un jour ou l’autre. Mais revenons en à nos moutons.

Bêêêêêêêêh

Soyons ordonnés, soyons efficaces

La méthode scientifique a été bâtie par l’expérience, l’essai et l’erreur.  Elle nous sert à éviter de nous laisser leurrer par nos impressions et nos idées préconçues. Et même, dans une certaine mesure, par notre humanité. Mais elle souffre peut-être d’une faiblesse. Ayant été élaborée par l’essai et l’erreur, elle est en quelque sorte un outil créé par les sciences pour progresser dans les sciences. Or, la science est, et a toujours été, dépendante de nos cinq sens, étendus au besoin à l’aide d’outils allant du fil à plomb au cyclotron. Qu’en est-t-il si nos sens comportent une faiblesse intrinsèque et subtile, nous faisant nous méprendre sur la proximité de la vérité forcément subjective que nous propose la science avec la vérité absolue, presque par définition, inatteignable ?

Certes, comme tu me le diras, cette question n’a guère d’importance. Notre science fonctionne, me permet de te faire part de cette question qui, au fond est insoluble et donc résolue. Cependant, permets moi de spéculer quelque peu. Partons un instant du principe qu’un contact avec une espèce intelligente issue d’un autre systèmes stellaire sera un jour établi. Cette espèce aura connu des contraintes différentes au cours de son évolution, et sera donc très probablement assez différente de nous. Et c’est ici, lors de ce premier contact, que les différences et les biais supposables entrent en jeu, pour nos deux espèces. C’est en me demandant si le cumul de ces différences pourrait rendre l’humanité et cette nouvelle espèce incapables de communiquer que j’ai eu l’envie d’écrire cet article, afin d’y répondre.

Il n'y a qu'à espérer que le signe de la main ne soit pas une offense dans la culture de ceux qui trouveront cela

Cryptique, même pour nous autres, n’est-il pas ?

Bien évidemment, nous pourrions avoir de la chance, et contacter une espèce proche de la notre par son esprit, que ce soit par hasard ou parce que les lois de la sélection naturelle le veulent. Mais, a priori, le cas le plus intéressant est celui où l’interlocuteur est le plus grandement différent, n’est-ce pas ? Après tout, les rencontres les plus étranges sont bien souvent les plus enrichissantes, n’est-ce pas ? Surtout que cela ferait un excellent argument pour faire baisser d’un ton ceux qui clament que nous sommes seuls dans l’univers « parce que Dieu ». Ou dieux. Mais de toute façon, dieu partout.

Mais, vois-tu, je me demande si la courbe f(différence) = « difficulté de compréhension » ne serait pas logarithmique. Car en effet, je pense qu’à partir d’un certain degré de différence, la méthode scientifique, et ce qu’elle recouvre dans chaque cas, deviendrait indispensable à la communication, entrainant force calculs et protocoles spécifiques. cela rendrait fort semblables sur le fond l’échange de l’humanité avec d’autres êtres aussi différents entre eux qu’ils le sont chacun de l’humanité.

Ce qui me fait dire que les sciences sont la réponse aux faiblesses des sciences dans leur domaine est le concept de réalité objective. Toute inatteignable qu’elle soit, celle-ci n’en modèle pas moins la réalité subjective de chaque être vivant. Donc, au moins dans le cas des sciences appliquées telles que l’électronique ou la linguistique, elle sélectionne les procédés effectivement fonctionnels face à ceux ne pouvant qu’échouer.

J'espère au moins que ce n'est pas du gaspillage

Beauté expérimentale

Il me semble donc légitime de supposer qu’une espèce extraterrestre, bien qu’elle soit susceptible de décrire le monde d’une façon radicalement différente de la nôtre, emploierait finalement des méthodes ayant « aux yeux » de la réalité objective (permets-moi cet abus de langage) les mêmes mécanismes primordiaux, quand bien même ceux-ci nous échapperaient, à nous comme à cette espèce. Ces méthodes seraient donc probablement compatibles entre elles avec un minimum de coopération de part et d’autre.

En somme, s’il est très certainement légitime de se poser la question de la réalité de la description du monde que nous fournissent les sciences, il convient de se rappeler qu’elles n’en ont pas la prétention. Ce qu’elles cherchent est d’expliquer le monde selon selon des modèles décrivant ce que nous observons. Les sciences ne décrivent donc pas plus le monde qu’une maquette ne saurait être un véritable avion.

Le seul cas m’apparaissant comme problématique serait celui où il nous faudrait communiquer avec une autre espèce douée de capacités de raisonnement semblables aux nôtres par leur puissance mais non par leur fonctionnement intrinsèque. Mais, bien qu’en l’absence de possibilités d’expérimentation à ce sujet, et donc de confirmation, je pense que la compréhension mutuelle n’aurait rien d’insurmontable pour peu que nos espèce fassent preuve de bonne volonté et de rigueur, ou tout au moins leur équivalent extraterrestre.

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Humanité de la réflexion

L’humain est un être social. L’humain cherche en conséquence à se reconnaître dans ses semblables, de façon plus ou moins consciente. Mais l’humain est un être conscient. La conscience est ce qui le différencie des autres animaux. Il se doit donc d’avoir conscience de ce qui l’entoure, de ce qu’il vit, des phénomènes se produisant autour de lui et en son sein. Sous peine d’être ravalé au rang de bestiole inconsciente. La réflexion crée l’humain, cela est autant vrai que son inverse, énonçant que l’humain crée la réflexion. Mais humain a dans ces deux sentences un sens différent. Dans la seconde, le terme humain désigne des caractéristiques génétiques, un code ADN exprimé à travers un corps. Dans la première en revanche, elle désigne un individu. Que cet individu aie le code génétique correspondant ou provienne d’une autre galaxie n’a que peu d’importance. Ce qui compte est la capacité de réflexion.

Un être humain est donc caractérisé par sa capacité à se penser, à s’analyser lui-même. Et quiconque est capable d’une telle chose se rapproche donc de l’être humain, et de très près, car il se trouve que cette capacité est ce qui permet de s’apercevoir de l’existence de ce qui est l’élément le plus constitutif de l’être humain, la Raison, et donc de se construire des raisonnements. Dans le cas d’une créature biologiquement non-humaine, mais humaine dans le sens où elle se trouve capable de réfléchir, les réflexions menant à la raison et donc les raisonnements eux-mêmes peuvent être radicalement différents, d’où une morale elle aussi entièrement nouvelle pour nous, humains biologiques. Mais pour peu que ces créatures soient suffisamment développées pour parvenir à obtenir la capacité de rationaliser, même religieusement, l’interdit de tuer un autre membre de sa propre espèce, interdit inscrit dans ce qu’il est convenu d’appeler l’instinct de chaque animal vertébré (et pour autant que j’en sache bon nombre d’invertébrés), qui sont communément considérés comme les plus complexes créatures vivant sur Terre, alors ils peuvent être considérés comme humains en un certain sens.

Une telle créature pourrait cependant, du fait de ses chemins de pensée radicalement différents des nôtres ne pas développer le raisonnement que je viens de tenir. Elle pourrait même se trouver dans l’incapacité totale de le comprendre. J’ai cependant bon espoir que nous soyons une espèce particulièrement violente, car ayant eu dernièrement des phases d’évolution où, du fait de notre technique, nous nous sommes trouvés sans rival ni prédateur sérieux autres que des groupes voisins. Ce qui aurait pu favoriser le reproduction des meilleurs guerriers, c’est à dire ceux chez qui l’instinct bridant la violence envers d’autres membres de la même espèce se trouvait le plus faible. Si nous venions à rencontrer une autre espèce dotée de capacités intellectuelles semblables voire supérieures, en tout cas point trop inférieures à celles dont nous sommes dotées, j’espère que la principale source d’agressivité sera notre espèce, ou qu’à défaut nous nous trouverons à égalité dans l’agressivité.

Il existe cependant, chez les invertébrés, certaines espèces telle la mante religieuse, où l’instinct évitant la destruction des membre de la même espèce est suffisamment faible pour que le mâle soit susceptible d’être dévoré par la femelle. Cela existant sur Terre, il est possible qu’une espèce intelligente surgisse quelque part avec un instinct aussi faible. Mais, bien que là encore ce ne soit qu’une espérance, je ne pense pas que cela soit très probable. En effet, la capacité de raisonnement demande d’énormes ressources. Il en va de même, à un degré plus important encore, pour l’édification d’une technologie susceptible de nous menacer. Les ressources nécessaires à cela se trouvent être infiniment plus faciles à accumuler par la coopération, donc par une certaine capacité à ne pas s’entretuer.

Je suis bien conscient de ne pas traiter ici de tous les cas de figure possibles et imaginables. Il y aurait par exemple celui d’une civilisation semblable aux fourmi, avec de multiples individus fonctionnant presque comme un seul, que je ne traite pas car il est si différent que je ne sais pas comment il pourrait se traduire avec une réelle intelligence. Et il en existe très certainement beaucoup d’autres, mais au moins ai-je traité ceux qui me venaient à l’esprit. Je demeure toutefois persuadé que certaines espèces non-biologiquement humaine pourraient prétendre à un titre semblable. Il convient néanmoins de préciser que si l’une d’elles venait à se montrer être une menace active à l’espèce humaine, nous serions en droit de nous défendre, car cette espèce serait en tort. Je ne suis en revanche hélas pas certain que l’espèce humaine ne se montre pas être une menace envers d’autres espèce pensantes. S’il me fallait me montrer catégorique, ce que je ne suis pas, je devrais même à contrecœur affirmer le contraire. Si cela venait à se produire, ce serait alors nous qui serions en tort.

Inexistence du destin et du libre-arbitre

9 janvier 2012 2 commentaires

Le terme de libre-arbitre représente la capacité supposée de l’homme à faire des choix. Cependant, en décrivant le corps et le cerveau humain comme des processus purement chimiques, la science le remet en cause. En effet, un scientifique connaissant l’état d’un système à un instant donné, et disposant des outils de calcul nécessaires est en théorie capable de prédire tous les états futurs de ce système. La description purement formelle du corps humain étant elle aussi théoriquement possible jusqu’au moindre atome, bien que la tâche soit, je te l’accorde lecteur, rigoureusement impossible à l’heure actuelle, il pourrait-être possible de prédire le comportement d’un individu depuis sa naissance jusqu’à sa mort. Nous serions donc prédestinés par les processus biochimiques qui nous gouvernent.

Cependant, raisonner de la sorte présente de graves lacunes. Pour commencer, pour pouvoir prédire les états futurs d’un système, il convient que ce système soit isolé. Or, un individu est tout sauf un système isolé. Il faut tenir compte de son environnement, à commencer par les autres individus. Je pourrais couper les cheveux en quatre et considérer que le seul système connu réellement isolé est l’univers pris dans son ensemble, mais je me cantonnerai à considérer la Terre et le système solaire, pour l’énergie que ses différents éléments transmettent à celle-ci, tant par le biais de la lumière émise par le soleil que de l’attraction gravitationnelle de celui-ci et des planètes, sans compter les possibilités de collision d’un météore. Afin de rétablir la possibilité qu’un destin existe, il nous faut donc modéliser au bas mot un système solaire.

Cependant, d’après la théorie du chaos, la moindre décimale d’une mesure peut rendre totalement imprévisible le comportement d’un système si elle n’est pas exactement mesurée. Sachant qu’il faut, pour prédire exactement le comportement de notre système, faire toutes sortes de mesures et de calculs sur des orbites plus ou moins elliptiques, donc de prendre en compte l’infinité de décimales impossibles à exprimer sous forme de fraction de Pi, notre tâche s’annonce difficile. Et tant qu’à parler des orbites, je tiens à préciser qu’il a été démontré qu’un système de trois éléments en orbite ou plus est, à partir d’un nombre n d’années totalement imprévisible. Au temps donc pour notre prétention à prévoir le destin de notre système solaire.

Considérons néanmoins que nous parvenons à la dernière décimale de Pi, décidons qu’il en va de même pour tous les nombres non-entiers du système, et cantonnons nous  sous la limite de n années précédemment évoquée. Il demeure toujours un problème d’une taille considérable. C’est que, vois-tu, j’ai conservé le plus épineux pour la fin. En effet, il n’est nul besoin de sortir des processus biochimiques de l’individu pour lui nier un destin. En effet, ces processus mettent en cause seulement quelques poignées de molécules. Ces molécules sont composées d’atomes, et parmi ces atomes, une part bien précise est instable. Or, il est strictement impossible de prévoir quand un atome radioactif va se désintégrer. Et ici intervient de nouveau la théorie du chaos précédemment évoqué : ces quelques atomes radioactifs vont rendre totalement inconnues d’infimes décimales, et rendre le système constitué par l’organisme, même parfaitement isolé, totalement imprévisible.

Je pourrais avancer encore d’autres arguments, mais le fait est déjà établi : le destin n’existe pas. Cependant, je n’ai pas pour autant établi l’existence du libre-arbitre. Ce n’est en effet pas parce-qu’il est absolument impossible de faire autre chose que de mesurer les états du système que représente l’humanité que nous avons la possibilité de choisir ce qu’il advient de nous. Je vais être franc avec toi, lecteur : si j’espère disposer d’un réel libre-arbitre, voici des éléments qui m’en font douter : l’état de superposition quantique, et la théorie de la relativité restreinte. Je vais commencer par la seconde, qui me parait plus simple, et me permettra d’introduire la première, qui me semble plus forte.

D’après la théorie de la relativité, l’espace et le temps ne font en effet qu’un. Le temps n’est qu’une dimension comme les autres quoiqu’un peu particulière, dans la mesure où il n’est possible de ne s’y déplacer que dans un sens. A moins, peut-être, de se transformer en anti-matière, mais dans notre monde de matière, cela n’est guère recommandé. Et c’est justement cette éventualité que l’anti-matière ne soit que de la matière remontant le temps qui me fait douter du libre-arbitre. Car, si l’anti-matière provient du futur, c’est que ce futur existe déjà. Et qu’il est donc sans doute impossible de le changer. Certaines hypothèses visant à remplacer les théories d’Einstein (qui énonçait lui-même qu’elles étaient incomplètes) proposent même de se passer de la notion de temps.

Le libre-arbitre semble donc ne pas exister davantage. Mais, si le temps n’est qu’une illusion, peut-on pour autant considérer qu’il existe un destin lié à l’Univers ? Car d’un part, la notion de destinée inclut celle d’un but, d’un dessein, totalement absente de l’interaction entre les différentes formes d’énergie, matière incluse. En réalité, ce qui me déplait dans cette notion de destinée, c’est le fait qu’elle considère le temps d’une façon mystique. Alors que je pourrais de façon totalement non-objective et personnelle le qualifier de « dimension non-symétrique » : en effet, il a été démontré qu’une même cause, selon le « sens du temps » dans lequel elle s’exerce, n’a pas les mêmes effets. Et ce serait la seule particularité du temps, mis à part que nous, choses organisées, ne sommes capables de n’y voyager que dans un seul sens, comme portés par un courant contre lequel nous n’aurions aucun moyen de lutter, ce qui n’est pas le cas des particules telles que les protons, neutrons et électrons.

Là où je veux en venir, c’est que si tu tiens absolument à considérer que soit le destin soit le libre-arbitre existent, alors il me semble qu’il vaut mieux que tu considères le destin comme la meilleur option, mais rigoureusement dépourvu de ses attributs mystiques comme celui de donner un but à toute chose.

Cela n’est cependant pas une certitude, et il convient de se rappeler que même si cela l’était, l’existence de sentiments humains tels que la peur, la souffrance, la colère ou bien la joie, le plaisir, l’amour est elle bien avérée, et bien plus proche de notre quotidien. Et surtout, même mise sur des rails, la Raison prime. Le crime reste condamnable par celle-ci, et le fait que le destin existe éventuellement ne doit pas oblitérer cela.

Nécessité de la violence

La violence est abjecte. La violence manque totalement de grâce, de subtilité, qualités que j’estime extrêmement remarquables. Un monde idéal se passerait de violence. L’énergie ainsi économisé pourrait être employée à des actes autrement plus constructifs, comme la recherche ou l’aide à ses semblables, tâches autrement plus nobles. Pourtant, la violence subsiste. Dans toutes les cultures, à toutes les époques que nous connaissons, la violence demeure présente. Et, lecteur, es-tu davantage capable que moi d’imaginer un monde sans violence ? Au sens où nous l’entendons habituellement, ce serait un monde sans guerre, sans meurtre, sans vol, sans crime. Pouvons-nous réellement nous figurer ce monde-là ? Non seulement imaginer son existence, mais comprendre en profondeur son fonctionnement ?

Je doute que tu en sois davantage capable que moi. C’est que la violence est au cœur même de bon nombre d’actes qui nous sont familiers. Le sourire, et l’amitié par exemple. Quoi de plus éloigné de la violence que ces deux choses là ? Peu de choses en vérité, en apparence. Beaucoup de choses selon moi. Comment en suis-je arrivé à soutenir cela ? En me demandant quels étaient les fondements évolutifs de tels comportements. Le premier élément de la réponse est venu en songeant à ce que je ressens en leur absence, et en leur présence. En l’absence de sourire, je me sens agressé. En présence d’un ami, je me sens comme étant avec lui contre le monde extérieur, tout au moins dans la forme la plus primaire que je sois capable d’imaginer, il s’agit donc d’une forme d’agression contre le reste du monde.

Cet acte et ce sentiment ont donc un lien avec la violence, par le biais de l’agression. Le sourire devait à l’origine être un geste d’apaisement, destiné à réduire l’agressivité d’un congénère à notre encontre. L’amitié, un lien primaire permettant d’accroître par l’union la force et donc le statut de deux individus au sein d’un groupe. Ces liens ont bien sur changé de signification, par le biais de l’évolution, mais surtout celui de la culture, qui est tout aussi fort, et qui varie plus rapidement. Ils gardent néanmoins une trace de leur signification originelle, d’où le fait que je me sente mal à l’aise, comme agressé lorsque je me retrouve face à une personne ne souriant absolument pas, et que je me sente plus fort dans un groupe d’ami.

L’un des groupes les plus primaires qui composent notre société est donc fondé sur une certaine forme de violence. Le seul groupe plus fondamental encore est celui formé par la famille, à savoir la femelle et ses petits, le mâle étant élément dispensable une fois la tâche de la reproduction accomplie. Il revient donc à la femelle de protéger ses petits du monde extérieurs, que ce soient les prédateurs où les autres membres de son espèce qui chercheraient à étendre leur domination sur le territoire d’élevage. La femelle se doit donc d’être particulièrement agressive, y compris vis à vis des autres membres de l’espèce lors de la période où elle doit s’occuper de ses rejetons, lesquels ont donc besoin de développer un mécanisme d’inhibition de la violence de leur mère, sous peine de se faire tuer par celle-ci. Ainsi, une dinde sourde tuera ses petits, tandis qu’une dinde normale laissera un furet s’approcher du nid sans réagir, pourvu que celui-ci soit pourvu d’un haut-parleur diffusant le piaulement de ses enfants.

Mais pourquoi l’évolution ne permet-elle pas aux membres d’une même espèce de cohabiter pacifiquement entre eux ? S’il y a eu sélection dans le sens de l’agressivité intra-spécifique, c’est forcément qu’il existe des avantages à la laisser se développer. Ces avantages sont principalement liés au territoire, il est en effet commun de considérer que les querelles entre les animaux sont liées soit au territoire, soit à la reproduction. Les avantages des querelles entre mâles au sujet de la reproduction sont que le plus fort, donc le gagnant, fournira une meilleure progéniture à la femelle. Ceux liés au territoire sont eux liés aux ressources limitées au sein d’un même territoire. Les animaux n’ayant pas de territoire à proprement parler, tels les poissons vivant en banc en haute mer, sont ainsi totalement dénués de notion d’espace personnel, et peuvent vivre au contact les uns des autres.

Nous venons donc de voir que la violence est inhérente non seulement à l’espèce humaine en lui permettant de former une espèce sociable, mais aussi à l’ensemble du règne animal. La violence est une nécessité, sans laquelle notre espèce n’aurait sans doute jamais subsisté, et si elle l’avait fait, n’aurait sans doute pas grand chose « d’humain ». Cependant, crimes et guerres sont des preuves évidentes que la violence au sein de notre espèce est sur-développée. Nous sommes sans guère de doute les seuls être vivants à avoir jamais réussi à exterminer des millions de leurs semblables dans un seul acte de violence. Cela peut s’expliquer par le fait que les progrès culturels et surtout techniques de l’homme sont allés beaucoup plus vite que son évolution.

Pour les premiers, le fait est qu’alors que nous vivons en ayant conscience de l’existence de milliards de nos semblables et pouvant en croiser plusieurs centaines dans les endroits les plus fréquentés, nous ne sommes réellement capables de ne connaître vraiment qu’en moyenne une centaine d’individus, soit l’équivalent d’une tribu de belle taille. Pour les seconds, lorsqu’en domestiquant un minimum la nature, au point que les grands fauves eux-mêmes se sont mis à craindre nos armes de pierre taillée, nous nous sommes mis en dehors de la sélection naturelle. Mais pas de l’évolution pour autant. La sélection s’est alors faite sur des critères culturels. Or, la culture est fondée sur le groupe, lequel part de la violence au sein d’une même espèce. La violence qu’il n’était plus nécessaire de diriger contre notre environnement s’est donc redirigée contre nos semblables, et les meilleurs guerriers, et non plus les meilleurs chasseurs ont été sélectionnés par la culture, aboutissant à un accroissement de la violence intraspécifique par l’évolution elle-même.

L’humain est donc une espèce particulièrement violente. Pourtant, les artistes, philosophes et scientifiques nous montrent ce que cette violence, convenablement redirigée, est capable d’accomplir. Encore faut-il que chacun soit capable de réaliser cette redirection, ce qui relève de l’utopie à l’heure actuelle. Il est cependant possible d’augmenter la part de la population pouvant opérer cela, par l’éducation. Même minimale, celle-ci permet à la majorité de comprendre l’autre, donc de s’en rapprocher, et d’être moins susceptible de lui faire du mal ; ce qui force à rediriger la violence vers des voies plus créatives. Cependant, il restera sans doute toujours une minorité imperméable à cela, ne serait-ce que pour cause de folie. Il est hélas nécessaire de se protéger de cette minorité là par les mêmes moyens qu’elle emploie pour s’exprimer : la violence. C’est là la première légitimité de la violence institutionnelle, de la loi qui établit les règles au policier qui les fait respecter.

O et l’univers

Sais-tu, lecteur, qu’il existe encore en France et ailleurs des individus prétendant que l’univers fut créé il y a environ 6000 ans par Dieu ? Sais-tu qu’ils qualifient de mensonge toute preuve indiquant le contraire ? Voilà qui est fort risible. Bien qu’également très inquiétant, du fait de la nature obscurantiste de cette position. Cependant, tu n’es sans doute pas ainsi. Pour toi, très probablement, l’univers est apparu il y a environ 14 milliards d’années avec le Big Bang. Voilà un fait scientifique et fondé songes-tu. J’ai précédemment évoqué, ce que je pensais de l’apparition de ce qui existe selon la religion. Je le reconnais, et ne me leurrais déjà pas au moment de la rédaction de ce précédent article, il s’agissait là d’une simple opinion, sans réelle argumentation. Car on ne peut raisonner sur ce qui sort du champ de la Raison. En revanche, je me propose aujourd’hui d’exposer le passé de ce qui existe en restant dans le champ de la science.

Le Big Bang est dans l’imaginaire collectif l’instant 0, le point O de tout ce qui existe, une explosion d’où sont issues temps, espace et matière. Ce n’est pourtant pas cela. Ce que nous savons réellement, c’est qu’il y a environ 14 milliards d’années, l’univers a connu un instant où il était très dense et très chaud, et même, en théorie, infiniment dense et chaud. Après cet instant, il a connu une expansion extrêmement rapide, et pour simplifier à l’extrême car tel n’est pas mon sujet, la matière a commencer à se former sous la forme que nous connaissons. On a ainsi vu se former de l’hélium, du lithium, et tous les éléments jusqu’au béryllium. L’univers était alors principalement composé d’hydrogène. Enfin des grumeaux de matière ont vu le jour sous l’effet de la gravitation, devenant de plus en plus denses et chauds, formant les étoiles qui, à leur mort formeront les éléments les plus lourds.

Mais revenons donc à l’origine. Définissons cette limite. Pour la plupart, cet instant est la limite car il n’y avait rien avant. Mais ce n’est pas ce qu’énonce la science. Ce que la science nous dit, c’est que cet instant est le premier instant où les lois de la physique telles que nous les connaissons peuvent être appliquées. Ce qu’il faut savoir, c’est que le Big Bang est théorisé par la relativité générale. Cette théorie n’est valable que pour la force gravitationnelle. Or il se trouve que lorsqu’on s’approche de l’instant du Big Bang, cette force n’est plus la seule à agir. Il existe en effet trois autres forces, à savoir la force électromagnétique (celle que nous observons au quotidien, ce qui n’est pas rien), l’interaction forte et l’interaction faible, ces deux dernières ne s’appliquant qu’à des échelles extrêmement petites.

Mais ce n’est pas tout : lorsque l’on s’approche de l’instant du Big Bang, ces forces tendent à ne plus former qu’une seule. Il est en effet prouvé que, lorsque l’on remonte dans le temps, les forces électromagnétique et faible deviennent équivalentes, formant la force électrofaible. Plus tôt encore, cette force électrofaible devient elle-même équivalente à l’interaction forte. En l’état actuel de nos connaissances, seule la force gravitationnelle est pleinement distincte des autres. C’est ainsi que, en remontant dans le temps, la relativité générale devient insuffisante pour décrire les évènements, nous interdisant de comprendre ce qui se passa avant l’instant dénommé « Big Bang ». Il faudrait pour cela parvenir à unifier les mécaniques relativiste et quantique, projet encore en travaux.

Cependant, si la théorie actuelle est insuffisante pour décrire cet univers primordial, cela n’interdit pas de formuler des hypothèse à partir de théories encore en cours d’élaboration (comme par exemple la théorie des supercordes). Ces conjectures nous font nous retrouver, au choix, avec un espace-temps à plus de quatre dimensions (les autres étant repliées sur elles-mêmes), ou bien il serait à toute petite échelle discontinu plutôt que lisse, ou encore il serait théoriquement dérivable ou déductible à partir de quelque chose de plus vaste qui ne serait pas un espace-temps… Notes toutefois que toutes ces possibilités sont extrapolées à partir d’embryons de théories pas encore vérifiées par l’observation et encore en cours d’élaboration, donc il n’agit que d’hypothèses tirées d’à peine plus que des hypothèses…

Toutefois, les chances pour que l’une de ces extrapolations soit juste sont à mon sens non négligeables. Or, il se trouve que quelque soit l’hypothèse choisie, il existe quelque chose avant le Big Bang. Dans un cas, il s’agit d’une « brane » (sorte de « surface » d’univers flottant dans un espace-temps plus vaste) flottant dans un espace-temps à dix dimensions voire plus (« espace » étant ici utilisé à défaut d’autre terme).Dans un autre, on  a un univers en contraction rebondissant sur lui-même lorsque sa densité atteint une valeur indépassable. Peu m’importe la vérité à ce sujet, ce qui compte ici, c’est que le Big Bang n’est pas un « début de tout ». Ce n’est que le début d’une nouvelle phase de l’existence de l’univers. D’où sort cette précédente phase ? Nul n’en a la moindre idée. Ce qui n’est pas plus mal car il faudrait pour cela être fixé sur sa nature exacte. Ce qui compte, c’est la disparition du « Big Bang-Fiat Lux ».

En effet, ce qui est important, c’est que l’existence de quelque chose avant le Big Bang interdit aux religieux de prétendre qu’il s’agit là du Fiat Lux originel de leur dieu. Cela fait une « preuve » de l’existence de celui-ci qui disparaît, du moins temporairement, jusqu’à ce que la science soit en mesure de se poser la question « D’où sort ce pré-Big Bang ? « .Cela rend également plus présente la question du « Pourquoi quelque-chose plutôt que rien ? », à laquelle Dieu semble une réponse toute trouvée. Fausse réponse d’ailleurs. Car, en admettant que celui-ci soit à l’origine de l’univers, cela ne ferait que poser une question plus insoluble encore qui serait « Pourquoi Dieu plutôt que pas de Dieu ? », tellement insoluble qu’elle ne serait qu’un obstacle infranchissable à la pensée, signant en définitive la mort de celle-ci. Certes Dieu peut avoir existé de toute éternité, et créé l’univers. Mais face à cela j’ai une proposition toute simple à faire aux religieux qui veulent à tout prix un Dieu, même au prix des postulats les plus hasardeux : et si nous réduisions le nombre de postulats douteux à un seul en considérant jusqu’à preuve du contraire que c’est l’univers qui a existé de toute éternité ? Rasoir d’Ockham.

Du relatif absolu de la vérité

La vérité (du latin veritas) est la qualité de ce qui est vrai. C’est la conformité de l’idée avec son objet, conformité de ce que l’on dit ou pense avec ce qui est réel.

La vérité est un concept absolu, toute chose est soit vraie, soit fausse est il dit. Un énoncé est vrai correspond à la réalité. Lorsque je dis : « J’existe », c’est là une vérité : je ne peux le dire que parce que j’existe, ma non-existence serait incompatible avec ma capacité à formuler cet énoncé. En revanche, lorsque je dis : « Tu existes » ce ne l’est pas nécessairement. Tu pourrais, ainsi que la totalité de l’univers, être une part d’un rêve que j’aurais décidé d’appeler la réalité. Ainsi, ton existence ne serait pas du même niveau que la mienne : tu n’existerais que dans ce monde rêvé, ne serais que fragment d’irréel, en un mot inexistant. Mais il est impossible de décider si oui ou non tu appartiens à un rêve, car si c’est vrai, tous les éléments à ma disposition faisant eux-même partie du rêve, ils ne permettraient pas de décider ce qu’il en est. L’état de la proposition « Tu existes » m’est donc indécidable. A la lumière de ce raisonnement, la proposition précédente « J’existe » n’est donc assurément vraie que pour moi.

La perception de la vérité est donc indissociablement liée à l’observateur. J’en reviens donc aux notions d’univers subjectif et d’univers absolu déjà développées. Dans nos univers subjectifs des propositions peuvent très bien être indécidables, et ce à tel point qu’il est possible de montrer mathématiquement qu’une proposition ne peut être ni montrée vraie, ni montrée fausse, et que de telles proposition peuvent être soit vraies, soit fausses. Les causes de l’indécidabilité me semblent provenir de deux sources différentes : soit les paramètres qui, pris en compte permettraient la démonstration sont trop complexes ou trop nombreux pour être pleinement analysés (par exemple, il faudrait pouvoir examiner une infinité de cas pour pouvoir être fixé, ce qui est impossible), soit ils sont tout simplement inexistants, comme dans l’exemple par lequel j’ai introduit.

Si je me suis servi de cet exemple pour présenter la notion d’indécidabilité, c’est pour une raison bien précise : c’est que, comme je l’ai déjà dit, parce que la démonstration de la véracité d’une proposition est liée à la perception de l’observateur. On peut ici extrapoler que, la perception de chacun étant différente, il existe autant de vérités, ou plutôt de chemins menant à la vérité, que de personnes. Nul n’a la même perception d’un évènement (un évènement sera ici à associer à une notion de proposition vraie, celle-ci étant en quelque sorte « cet évènement s’est produit de telle façon »), sans pour autant que l’un aie plus raison que l’autre quant à la nature de cet évènement.

Si chacun de nous voit le monde d’une façon différente, ces visions tendent toutefois à converger. Il existe donc un lien, direct ou indirect entre elles. Ne pouvant percevoir ce qu’un autre perçoit, c’est donc qu’il existe un référent commun, que nos perceptions déforment, nous interdisant de le concevoir réellement. Je ce qui se passe dans ce référent est donc également modifié, mais ne dépend en aucun cas de facteurs extérieurs tels que la perception qu’en a un individu. Même si personne ne conçoit ces évènements, leur existence est réelle, vraie. C’est là ce que je nomme une vérité absolue : elle est la seule de cette nature, par opposition à une vérité relative dépendant des perceptions de chacun, mais vraie dans l’univers personnel que chacun se forge. C’est ainsi que le mot vérité recouvre à mon sens deux concepts voisins, l’un absolu, l’autre relatif à l’observateur du premier.

L’humain et l’évolution

4 janvier 2011 4 commentaires

J’ai précédemment discouru sur notre place face à ce qui nous entoure de façon générale. Mais il me semble intéressant de me pencher sur cette même question en prenant un autre point de vue. L’homme, comme la totalité des espèces vivantes, est issu de l’évolution d’espèces différentes par mutation aléatoire et sélection naturelle conduisant à une modification de celles-ci. C’est là un phénomène constant, totalement imperceptible à notre échelle de temps, sauf peut-être sur certaines souches de virus et autres bactéries qui développent par exemple des résistances aux remèdes que nous leur opposons. Il s’applique en théorie à tout ce qui vit, dans la mesure où il s’agit de l’opposition des individus pour transmettre leur patrimoine génétique à la génération suivante, quelques en soient les moyens. Ici est une des choses dont je vais traiter : comment, de ce but purement égoïste peuvent émerger des comportements altruistes, que nous pouvons désigner ici sous le terme de morale ?

La réponse me semble aisée à trouver, c’est pourquoi il me faudra ensuit discourir d’autre chose. Commençons donc. En la matière, la première question qu’il te faut te poser est : quel avantage est-ce que j’en tire ? Comment suis-je favorisé si j’aide quelqu’un ? En entrant très prudemment dans une logique d’opposition pour en ressortir aussitôt car elle est dangereuse ici, il est possible de se demander : en quoi la morale me lèse-t-elle lorsque je me fais aider ? La réponse à cette dernière question me semble être que je suis redevable à celui qui m’aide, car en échange de son service, je lui promets, explicitement ou implicitement un service en retour. Ce retour de service est donc une première bonne raison d’aider les autres même en se positionnant dans une posture purement égoïste.

En partant de ce principe, on peut dire que cela forme les bases de toute société humaine, la fondant sur la mutuelle redevabilité des individus qui la composent, qui se fortifient mutuellement car pour recevoir de l’aide, il faut s’arranger pour que celui dont on l’attend soit en mesure de la fournir, soit peut-être l’aider auparavant même dans un autre domaine. Mais je dirais pour ma part qu’il existe une autre raison encore plus basique qui nous avantage lorsque nous aidons un autre individu. C’est que cet individu, de par sa simple appartenance à la même  espèce que nous transporte une partie de notre patrimoine génétique, ce qui est d’autant plus vrai s’il appartient au même groupe que nous, ce qui recoupe le raisonnement que je viens de tenir en nous avantageant d’autant plus lorsque nous aidons nos proches.

J’ai annoncé que les phénomènes à l’origine de l’évolution des espèces s’appliquaient en permanence à touts les individus de toutes les espèces. Il me faut cependant modérer le caractère absolu de cette déclaration. Il existe en effet peut-être une exception : notre propre espèce, l’humain. Notre mode de vie nous permet en effet de permettre à des individus parfois lourdement handicapés physiquement ou mentalement alors qu’ils n’auraient eu aucune chance sans les structures mises en place par nos civilisations. En leur fournissant aide et assistance, nous assurons leur subsistance et parfois la transmission de leurs gènes. Les gènes porteurs d’un dysfonctionnement peuvent donc se transmettre plus librement et davantage se perpétuer.

Ne t’y trompes pas lecteur, ceci n’est nullement un appel à l’eugénisme. L’eugénisme consiste à éliminer par nous-mêmes certains caractères génétiques. Je vois pour l’instant deux raisons de l’éliminer situées hors de la morale. Il faut remarquer que certains caractères n’ont pas que des effets négatifs : je veux pour exemple le cas de l’anémie falciforme qui donne aux globules rouges une forme de faucille, diminuant l’efficacité du transport de l’oxygène dans le sang et engendrant affaiblissement et retard de croissance. Si le gène responsable de cette maladie est présent en deux exemplaires, le fœtus n’est tout simplement pas viable. En revanche, cette anémie protège contre certains des effets du paludisme, entrainant notamment en Afrique dans les régions où cette celui-ci est très fortement présent de grandes concentrations de cas d’anémie car la sélection naturelle favorise les individus présentant cette altération génétique.

Ainsi, un dysfonctionnement d’origine génétique peut très bien avoir certains avantages qu’il convient de conserver dans les possibilités de notre espèce. L’humanité pourrait très bien un jour devoir sa survie à ce qui était auparavant considéré comme une déficience, notamment en cas d’apparition d’une nouvelle maladie. Ne caricaturons pas : je doute que seuls les individus porteurs d’une telle déficience ne survivent si c’était le cas. Mais ils pourraient être indispensables à la mise au point de traitements adaptés en permettant l’identification d’une molécule protectrice qu’ils produiraient par exemple. Ne sachant pas quels gènes peuvent s’avérer utiles dans l’avenir, il est inutile de gaspiller nos moyens à tenter d’appauvrir notre patrimoine génétique. Attention cependant car il ne s’agit que d’une conclusion provisoire car se passant de la morale. Sans guère développer, je dirai qu’en prenant en compte celle-ci, donc la souffrance des malades, il faudrait développer tous les traitements possibles contre ces maladies, y compris et surtout la thérapie génique. Dans le cas où la maladie peut être dépistée avant la naissance et est incurable et lourde, l’avortement n’est pas à écarter, surtout si ce gène doit être présent en double exemplaire pour déclencher le maladie.

Mon second argument est celui-ci et vient en complément du précédent : le jeu n’en vaut pas la chandelle. J’ai déjà annoncé qu’il était selon moi potentiellement néfaste à long terme d’éliminer toute trace d’une maladie génétique. Mais admettons que nous nous y attelions malgré tout. Il nous faut pour y parvenir empêcher le gène ciblé de se transmettre aux générations suivantes. Nous commencerons donc idéalement par un dépistage, obligatoire dans l’idéal, sur l’ensemble de la population. Premier défaut : ces tests ne sont jamais totalement fiables, et laissent passer certains cas positifs et surtout donnent bien plus de résultats positifs n’ayant en réalité rien du tout que de positifs ayant effectivement quelque chose. Mais admettons que nous soyons prêts à empêcher de se reproduire une part bien plus importante que de raison de notre population. Mais comment ? Le dépistage est déjà très cher. Le plus simple et le moins cher serait de les tuer. Mais nous nous éviterons la plupart des ennuis moraux en nous contentant de les stériliser. Très bien, nous avons maintenant quasiment exterminé la maladie. Mais le test n’est pas totalement fible, tout le monde n’a pas pu le passer… Il faut donc pour parachever le travail continuer le dépistage et la stérilisation sur plusieurs générations dès la naissance, stérilisation devant s’appliquer au nouveau-né porteur du gène, même non malade, comme à ses parents, car au moins l’un d’entre eux est porteur de la maladie. Et même ainsi, l’éradication est incertaine. Oh, j’oubliais : ce processus doit être appliqué à l’échelle mondiale ou la maladie pourra repartir n’importe quand depuis les foyers restants.

Nous obtenons donc une débauche de moyens incroyable pour une seule maladie. Si l’on considère que comme vu précédemment cela n’est pas nécessairement de la plus grande utilité, que d’autres traitements du problème peuvent être mis en place pour le même coût (car ne s’appliquant qu’à la population présentant les symptômes de la maladie) et enfin que les méthodes de l’eugénisme sont répréhensibles par la morale, tout cela ne vaut vraiment pas la peine. Sans compter que les individus stérilisés et leur famille deviendront des ennemis du pouvoir politique nécessaire à la mise en place d’un tel système, ce qui fragilisera le-dit système, l’empêchant éventuellement de poursuivre ses objectifs et donc rendant toute cette débauche d’argent vaine. Face à cela, le soin de la maladie entraîne la bienveillance de ceux qui sont soignés et de leurs proches, renforçant d’autant le système.

Nous avons donc commencé par voir que du point de vue de l’évolution, la morale était pour nous nécessaire car garante de la société qui est indispensable à chacun d’entre nous. Nul humain ne saurait survivre sans l’aide de ses semblables. L’isolement dégénère même chez certains en mélancolie. Ayant considéré l’évolution, l’homme et la morale, nous avons ensuite dérivé vers le champ des divagations engendrées par l’évolution qu’engendre la morale à savoir l’eugénisme, que nous avons trouvé contre-productif, cher et dangereux.

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