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Précision des sciences

25 novembre 2013 Laisser un commentaire

La capacité à observer, comprendre et modifier ce qui nous entoure est une chose très importante dans la définition de ce que nous sommes. En effet, la principale différence communément établie entre un être intelligent et une bête est la capacité à concevoir, construire au besoin, et surtout utilise des outils. Ce n’est pas pour rien que les espèces que nous jugeons les plus proches de nous en termes d’intelligence sont jugées selon ce facteur. Cette capacité est notre spécialité. A tel point qu’il me semble évident que c’est ce qui nous permet d’occuper la niche écologique où nous nous trouvons, quand bien même je serais totalement incapable de définir celle-ci avec précision.

Cette « intelligence », puisque c’est le mot que nous employons, nous a permis de subir une évolution culturelle, sur laquelle je n’ai ni le temps ni les compétences de m’étendre. Mais il me semble également évident que cette évolution culturelle inclut, que ce soit en cause ou en conséquence, et sans doute le plus souvent les deux à la fois, le raffinement de nos méthodes d’observation, de compréhension, et de modification de notre environnement.

Quelque part au cours de cette évolution, nous avons mis au point ce qui est couramment appelé la méthode scientifique. Et nous voici donc, lecteur, au point exact d’où je souhaite partir. Pourquoi alors, me demanderas-tu, fais-tu ces digressions préliminaires ? Pour mettre en contexte, et gagner du temps d’explication par la suite, te répondrai-je. En effet, vois-tu, rien n’est interprétable sans son contexte. Mais cela est une autre histoire, que je traiterai peut-être bien un jour ou l’autre. Mais revenons en à nos moutons.

Bêêêêêêêêh

Soyons ordonnés, soyons efficaces

La méthode scientifique a été bâtie par l’expérience, l’essai et l’erreur.  Elle nous sert à éviter de nous laisser leurrer par nos impressions et nos idées préconçues. Et même, dans une certaine mesure, par notre humanité. Mais elle souffre peut-être d’une faiblesse. Ayant été élaborée par l’essai et l’erreur, elle est en quelque sorte un outil créé par les sciences pour progresser dans les sciences. Or, la science est, et a toujours été, dépendante de nos cinq sens, étendus au besoin à l’aide d’outils allant du fil à plomb au cyclotron. Qu’en est-t-il si nos sens comportent une faiblesse intrinsèque et subtile, nous faisant nous méprendre sur la proximité de la vérité forcément subjective que nous propose la science avec la vérité absolue, presque par définition, inatteignable ?

Certes, comme tu me le diras, cette question n’a guère d’importance. Notre science fonctionne, me permet de te faire part de cette question qui, au fond est insoluble et donc résolue. Cependant, permets moi de spéculer quelque peu. Partons un instant du principe qu’un contact avec une espèce intelligente issue d’un autre systèmes stellaire sera un jour établi. Cette espèce aura connu des contraintes différentes au cours de son évolution, et sera donc très probablement assez différente de nous. Et c’est ici, lors de ce premier contact, que les différences et les biais supposables entrent en jeu, pour nos deux espèces. C’est en me demandant si le cumul de ces différences pourrait rendre l’humanité et cette nouvelle espèce incapables de communiquer que j’ai eu l’envie d’écrire cet article, afin d’y répondre.

Il n'y a qu'à espérer que le signe de la main ne soit pas une offense dans la culture de ceux qui trouveront cela

Cryptique, même pour nous autres, n’est-il pas ?

Bien évidemment, nous pourrions avoir de la chance, et contacter une espèce proche de la notre par son esprit, que ce soit par hasard ou parce que les lois de la sélection naturelle le veulent. Mais, a priori, le cas le plus intéressant est celui où l’interlocuteur est le plus grandement différent, n’est-ce pas ? Après tout, les rencontres les plus étranges sont bien souvent les plus enrichissantes, n’est-ce pas ? Surtout que cela ferait un excellent argument pour faire baisser d’un ton ceux qui clament que nous sommes seuls dans l’univers « parce que Dieu ». Ou dieux. Mais de toute façon, dieu partout.

Mais, vois-tu, je me demande si la courbe f(différence) = « difficulté de compréhension » ne serait pas logarithmique. Car en effet, je pense qu’à partir d’un certain degré de différence, la méthode scientifique, et ce qu’elle recouvre dans chaque cas, deviendrait indispensable à la communication, entrainant force calculs et protocoles spécifiques. cela rendrait fort semblables sur le fond l’échange de l’humanité avec d’autres êtres aussi différents entre eux qu’ils le sont chacun de l’humanité.

Ce qui me fait dire que les sciences sont la réponse aux faiblesses des sciences dans leur domaine est le concept de réalité objective. Toute inatteignable qu’elle soit, celle-ci n’en modèle pas moins la réalité subjective de chaque être vivant. Donc, au moins dans le cas des sciences appliquées telles que l’électronique ou la linguistique, elle sélectionne les procédés effectivement fonctionnels face à ceux ne pouvant qu’échouer.

J'espère au moins que ce n'est pas du gaspillage

Beauté expérimentale

Il me semble donc légitime de supposer qu’une espèce extraterrestre, bien qu’elle soit susceptible de décrire le monde d’une façon radicalement différente de la nôtre, emploierait finalement des méthodes ayant « aux yeux » de la réalité objective (permets-moi cet abus de langage) les mêmes mécanismes primordiaux, quand bien même ceux-ci nous échapperaient, à nous comme à cette espèce. Ces méthodes seraient donc probablement compatibles entre elles avec un minimum de coopération de part et d’autre.

En somme, s’il est très certainement légitime de se poser la question de la réalité de la description du monde que nous fournissent les sciences, il convient de se rappeler qu’elles n’en ont pas la prétention. Ce qu’elles cherchent est d’expliquer le monde selon selon des modèles décrivant ce que nous observons. Les sciences ne décrivent donc pas plus le monde qu’une maquette ne saurait être un véritable avion.

Le seul cas m’apparaissant comme problématique serait celui où il nous faudrait communiquer avec une autre espèce douée de capacités de raisonnement semblables aux nôtres par leur puissance mais non par leur fonctionnement intrinsèque. Mais, bien qu’en l’absence de possibilités d’expérimentation à ce sujet, et donc de confirmation, je pense que la compréhension mutuelle n’aurait rien d’insurmontable pour peu que nos espèce fassent preuve de bonne volonté et de rigueur, ou tout au moins leur équivalent extraterrestre.

Du relatif absolu de la vérité

La vérité (du latin veritas) est la qualité de ce qui est vrai. C’est la conformité de l’idée avec son objet, conformité de ce que l’on dit ou pense avec ce qui est réel.

La vérité est un concept absolu, toute chose est soit vraie, soit fausse est il dit. Un énoncé est vrai correspond à la réalité. Lorsque je dis : « J’existe », c’est là une vérité : je ne peux le dire que parce que j’existe, ma non-existence serait incompatible avec ma capacité à formuler cet énoncé. En revanche, lorsque je dis : « Tu existes » ce ne l’est pas nécessairement. Tu pourrais, ainsi que la totalité de l’univers, être une part d’un rêve que j’aurais décidé d’appeler la réalité. Ainsi, ton existence ne serait pas du même niveau que la mienne : tu n’existerais que dans ce monde rêvé, ne serais que fragment d’irréel, en un mot inexistant. Mais il est impossible de décider si oui ou non tu appartiens à un rêve, car si c’est vrai, tous les éléments à ma disposition faisant eux-même partie du rêve, ils ne permettraient pas de décider ce qu’il en est. L’état de la proposition « Tu existes » m’est donc indécidable. A la lumière de ce raisonnement, la proposition précédente « J’existe » n’est donc assurément vraie que pour moi.

La perception de la vérité est donc indissociablement liée à l’observateur. J’en reviens donc aux notions d’univers subjectif et d’univers absolu déjà développées. Dans nos univers subjectifs des propositions peuvent très bien être indécidables, et ce à tel point qu’il est possible de montrer mathématiquement qu’une proposition ne peut être ni montrée vraie, ni montrée fausse, et que de telles proposition peuvent être soit vraies, soit fausses. Les causes de l’indécidabilité me semblent provenir de deux sources différentes : soit les paramètres qui, pris en compte permettraient la démonstration sont trop complexes ou trop nombreux pour être pleinement analysés (par exemple, il faudrait pouvoir examiner une infinité de cas pour pouvoir être fixé, ce qui est impossible), soit ils sont tout simplement inexistants, comme dans l’exemple par lequel j’ai introduit.

Si je me suis servi de cet exemple pour présenter la notion d’indécidabilité, c’est pour une raison bien précise : c’est que, comme je l’ai déjà dit, parce que la démonstration de la véracité d’une proposition est liée à la perception de l’observateur. On peut ici extrapoler que, la perception de chacun étant différente, il existe autant de vérités, ou plutôt de chemins menant à la vérité, que de personnes. Nul n’a la même perception d’un évènement (un évènement sera ici à associer à une notion de proposition vraie, celle-ci étant en quelque sorte « cet évènement s’est produit de telle façon »), sans pour autant que l’un aie plus raison que l’autre quant à la nature de cet évènement.

Si chacun de nous voit le monde d’une façon différente, ces visions tendent toutefois à converger. Il existe donc un lien, direct ou indirect entre elles. Ne pouvant percevoir ce qu’un autre perçoit, c’est donc qu’il existe un référent commun, que nos perceptions déforment, nous interdisant de le concevoir réellement. Je ce qui se passe dans ce référent est donc également modifié, mais ne dépend en aucun cas de facteurs extérieurs tels que la perception qu’en a un individu. Même si personne ne conçoit ces évènements, leur existence est réelle, vraie. C’est là ce que je nomme une vérité absolue : elle est la seule de cette nature, par opposition à une vérité relative dépendant des perceptions de chacun, mais vraie dans l’univers personnel que chacun se forge. C’est ainsi que le mot vérité recouvre à mon sens deux concepts voisins, l’un absolu, l’autre relatif à l’observateur du premier.