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Contingence des caractéristiques et de l’individualité

Nous avons précédemment discuté de ce que signifiait « être« . Tu as comme moi pu constater que ce que nous sommes est défini par nos caractéristiques, changeantes ou non. Je te propose donc aujourd’hui d’étudier les interactions existant entre ce que notre individualité et nos caractéristiques, ou la définition de l’une par par les autres et vice-versa. Je compte également aujourd’hui discuter de ce qui, entre l’ensemble des caractéristiques et de l’individualité doit ou devrait avoir prédominance, et donc changer, en cas d’opposition, de contradiction ; soit de ce qui se doit de s’adapter entre l’ensemble et le cas particulier, car j’ai d’ores et déjà défini la somme des unes comme étant l’autre.

Mais d’abord, voyons un peu ce qu’est une caractéristique. D’après Larousse, il s’agit de quelque-chose de spécifique, typique à quelque-chose, cette chose étant une personne dans le cas qui nous intéresse. Ce qui ressemble me diras-tu avec raison, à la définition de l’adjectif. Si ce sont manifestement des choses différentes, les termes de chaque définition n’étant pas identiques, elles se ressemblent néanmoins suffisamment pour que le temps de cette discussion, nous considérions qu’une caractéristique est, en règle générale, ce que désigne au moins un adjectif. Ceci étant établi, je pense que nous pouvons continuer. Attention cependant, ne pense pas que je dis ici qu’un adjectif est nécessairement la description d’une caractéristique. Cette désambiguïsation faite, je peux poursuivre en utilisant allègrement le terme adjectif exclusivement dans ce sens. Ah, et j’allais oublier : je me concentrerai sur les caractéristiques non-physiques…

Ceci n'est pas politique

Par élimination, nous serons donc purement spirituels

La plupart des adjectifs sont, et il me semble que c’est là chose logique, mais n’hésite pas à me contredire, définis de façon à décrire de façon aussi précise que possible la caractéristique qu’ils désignent. C’est pourquoi nous pouvons, lorsque nous nous décrivons ou que nous décrivons quelqu’un, nous fier à ceux-ci pour dépeindre les caractéristiques de cette personne. Ceci présente néanmoins un inconvénient : une caractéristique est une chose bien trop subtile pour se laisser enfermer dans un tel carcan : elle varie systématiquement de l’adjectif qui lui est associé. Pour faire clair, s’il existe des avares de par le monde, personne ne correspond au stéréotype de l’avare. Nul n’est si extrême ; ce trait de caractère est modéré par d’autres, comme l’envie, sans pour autant être effacé.

Ces autres caractéristiques étant elles-mêmes modérées par d’autres, qui le sont par d’autres différentes encore (et il est possible de continuer longtemps de la sorte, nous sommes des êtres complexes), pour une description parfaite du rapport à l’argent, on peut finir par parler de n’importe quelle caractéristique de l’individu, bien qu’une précision largement suffisante soit atteinte bien avant d’en arriver là, car je parle vraiment de détails infinitésimaux. Prenant cela en considération, j’espère que tu t’accorderas avec moi pour constater que les caractéristiques d’un individu prises dans leur ensemble influent sur chacune de ces caractéristiques prises individuellement. La réciproque est naturellement évidente : chaque caractéristique prise individuellement influe sur chacune des autres. Cela est même si évident que rien ne m’aurait empêché de l’énoncer en premier, aussi t’épargnerai-je, lecteur, toute démonstration superflue de ce fait.

Face ! Faaaaceee... FACE !

Un peu de noblesse n’est jamais de trop

Il se trouve que parmi nos caractéristiques, il en est certaines auxquelles nous nous identifions volontiers, ou encore d’autres auxquelles nous sommes associés, à tort ou à raison, par nos semblables que nous croisons. Ainsi, lors d’une description précise et honnête de notre mentalité, ces quelques traits ressortiront ne serait-ce qu’en creux, ainsi que dans une certaine mesure leurs interactions mutuelles. Cependant, cette description, qui me semble la seule humainement possible en un temps raisonnable, souffre de deux défauts majeurs : le premier est l’incapacité à tenir compte de toutes les caractéristiques « mineures » qui nous composent ; la seconde celle d’estimer et décrire avec précision l’interaction de ces caractéristiques « mineures » avec les plus importantes, et encore moins de celles qu’elles entretiennent entre elles.

Il se trouve que nos expériences modifient toutes dans une certaine mesure une ou plusieurs de nos caractéristiques, souvent mineures. Ne trouvant pas d’exemple subtil, en voici un plutôt grossier : prenons l’exemple d’une personne généreuse, acceptant de donner sans rechigner à des mendiants. Si elle s’aperçoit, pour une raison ou une autre, que l’un des mendiants abuse de sa générosité, elle va sans guère de doutes montrer plus de réluctance à l’avenir envers l’ensemble des mendiants, sans nécessairement cesser de donner pour autant. Et si tu le permets, je vais par-là même illustrer une assertion précédente : cette personne va sans guère de doute se montrer plus réticente à donner en règle générale, même si cela est si léger que presque imperceptible. Par là-même, le reflet de sa personne que lui renvoient ses semblables va modifier d’autres caractéristiques comme son estime de soi, et ainsi de suite. Il est en conséquent raisonnable d’assumer que le changement de l’individualité, dépendant de celui des caractéristiques, se produit naturellement par le changement d’icelles au gré des expériences de tout un chacun.