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La Raison de l’athéisme

12 février 2012 Laisser un commentaire

Alors que je me promenais sur la toile de pages inter-connectées qu’il est convenu d’appeler le net, ou le web, j’ai constaté un phénomène étrange et récurrent chez mes amis les croyants extrémistes, dont tu sais sans doute quel amour je leur porte. Ces braves personnes semblent en effet penser, dans la mesure où le livre qui remplace leur cervelle en est capable (oui, un grand amour te disais-je), qu’ils croient parce-que cela est rationnel, et que l’athéisme est la plus irrationnelle de toutes les positions intellectuelles autres que la leur. Ils prétendent en effet que d’entre toutes celles-ci, l’athéisme est celle qui demande d’accepter le plus de dogmes tout faits et impossibles à prouver. Je n’aurai pas la bassesse, et surtout pas la patience, de donner des exemples du nombre de dogmes que ces gens acceptent sans même s’en rendre compte. Je vais même leur donner raison sur un point, et ne pas trop argumenter sur l’autre, et c’est un cadeau que je ne suis nullement obligé de leur faire, comme je vais le détailler car ce n’est pas général : je vais leur accorder que les athées doivent en effet « croire » en un certain nombre de choses, des théories scientifiques en l’occurrence, bien que ce soit uniquement parce-que je reconnais le faire moi-même.

Avant de continuer cependant, je vais discourir sur pourquoi je ne suis pas obligé d’accepter que les athées aient plusieurs croyances communes. Ce que ces gens faillissent à comprendre en effet, c’est que l’athéisme ne veut pas nécessairement dire que l’on adhère à la pensée scientifique. Le seul point commun de tous les athées n’a en effet rien à voir avec la science, dans la mesure où l’athéisme est « l’absence de croyance en un dieu quelconque ». Et comme tu peux le constater, il n’y a rien entre ces guillemets qui se réfère à la pensée scientifique, ou même à la science en général. C’est juste une opinion philosophique, et c’est pourquoi il existe d’excellents scientifiques croyants, qui savent mettre de côté leurs croyances lorsqu’ils travaillent.

Il me faut à ce point définir quelques notions : la différence entre l’athéisme et l’agnosticisme d’une part, puis celle entre l’athéisme dit « fort » et l’athéisme dit « faible ». L’athéisme et l’agnosticisme se différencient parce que l’athée ne croit pas en un dieu, tandis que l’agnostique croit qu’il est impossible de décider. Ce qui est une croyance irrationnelle, car rien ne la fonde du point de vue scientifique. La différence entre l’athéisme « fort » et l’athéisme « faible » est plus subtile : l’athée « fort » croit qu’aucun dieu n’existe, ce qui est je te l’accorde une croyance aussi stupide qu’une autre, tandis que l’athée « faible » ne croit en aucun dieu, ce qui est une absence réelle de croyance. La différence est certes, je te l’accorde, subtile, mais à mes yeux indéniable. Selon cette définition, bon nombre de personnes, dont peut-être toi, se considérant comme agnostiques, sont en vérité des athées « faibles ». Ou bien, si tu tiens à ta définition, les athées « faibles » sont des agnostiques, mais alors où puis-je caser ceux que je considère comme agnostiques ? Car ils snt alors différents de toi et moi dans leur façon d’appréhender le monde.

Cela étant posé, attardons-nous maintenant sur la définition de dogme, car j’ai accordé à nos amis créationnistes que nous devions « croire », mais n’ai pas réemployé le mot dogme, et ce à dessein. Comme tu peux-le constater, il s’agit systématiquement de croyances considérées comme des vérités incontestables, à l’exception notable du sens médical du terme. Or, tout ce qui est scientifique doit pouvoir être contesté, sous peine de ne plus l’être. Certes, les créationnistes argumenteront sur ce point que par exemple, l’évolution n’est pas une théorie scientifique. Et ils auront raison, mais pas à leur avantage. En effet, l’évolution est un fait constaté, et ce dont ils veulent parler est la théorie de l’évolution, qui a pour visée d’expliquer comment les espèces évoluent. Tenter de réfuter l’évolution est comme tenter de réfuter la gravité. Ou comme se battre contre la réalité. On peut en revanche tenter de réfuter la théorie de l’évolution ou celle de la gravité, qui expliquent comment cela fonctionne. A condition de trouver soit un modèle plus précis (ce qu’ils n’essaient même pas, du moins pas de façon scientifique donc valide), soit en mettant en évidence des éléments les contredisant, ce à quoi ils ont jusqu’à présent échoué misérablement, malgré leurs mensonges (comme en disant qu’il n’y a aucune espèce transitionnelle).

Tout cela ayant été établi, venons-en maintenant aux arguments avancés par les créationnistes : ils prétendent d’une part que l’on ne sait pas expliquer un certain nombre de choses en matière d’évolution, et que « l’inanimé ne peut donner naissance à la vie », ou encore que l’univers ne saurait se passer de créateur, car « toute chose a une cause » d’autre part. Ce sont là deux arguments par le « dieu des lacunes » (ou dieu des trous comme j’aime à l’appeler). C’est un sophisme revenant à affirmer « nul ne sait comment l’expliquer, donc Dieu l’a fait » ; ou bien sa variante plus généraliste, l’argument par ignorance « personne n’a encore expliqué cela, donc l’ensemble est faux ». Que répondre à de telles âneries ? Si c’est par le biais de la théorie de l’évolution que se fait l’attaque, il suffit simplement de reconnaître son ignorance, mais de préciser que l’absence de preuve ne fait pas la preuve de l’absence, et que dans la mesure où la théorie de l’évolution a été de multiples fois confirmée par des prédictions s’avérant justes, il est fort probable que cela se soit produit, bien que nul ne sache exactement comment.

Si c’est la théorie de l’abiogenèse qui est visée la réponse sera la même, mais dans la mesure où aucune hypothèse à ce sujet n’a encore atteint le rang de théorie pleinement établie, il convient de ne pas s’arrêter là. Il faut en effet pointer le fait que la sentence très commune qu’elle soit exprimée de façon claire ou qu’elle soit masquée, prend comme hypothèse de départ qu’il existe quelque-chose dénommé « âme » au sein des êtres vivants, alors que rien ne démontre que nous soyons autre chose que des mécanismes biochimiques complexes. Enfin, la question de l’origine de l’univers est plus complexe, mais il existe moult raisons qui expliquent cela sans créateur, comme dans cet article, qui n’a pourtant nullement prétention à tous les lister.

Pour conclure, je vais maintenant t’exposer la véritable raison pour laquelle je suis athée, car le puis sans trop digresser maintenant que tous ces points ont été exposés. La seule et unique raison de cela, c’est qu’il n’existe aucun élément objectif montrant l’existence d’un quelconque dieu. Et, en l’absence de cela, la Raison m’interdit de croire en l’hypothèse « Dieu ». Je ne dis pas être certain de l’inexistence de dieu. Il se pourrait même qu’un jour la science mette en évidence des éléments indiquant l’existence d’une conscience à l’origine de l’univers qu’il serait possible de nommer ainsi. Mais, bien que ce jour là, s’il arrive, tous les extrémistes religieux du monde clameront avoir eu raison depuis le début face aux athées et autres sceptiques, et commenceront à se battre pour savoir qui avait le plus raison à propos de cette entité, seuls les sceptiques pourront entreprendre d’étudier rationnellement cette entité, et s’il advenait que l’une ou l’autre des religions avait raison quant à l’une ou l’autre des caractéristiques de celle-ci, ce serait uniquement par chance…

Nous rôtirons tous en Enfer

8 juillet 2011 2 commentaires

A en croire les religieux d’obédience judéo-chrétienne, il existerait un enfer où, après notre mort, nous irions rôtir si nous n’avons pas été assez bons. La première condition pour éviter cela serait de croire de la bonne façon en le bon dieu (chose compliquée une fois prise en considération la multiplicité des dieux et façons différentes d’en vénérer un seul), et accessoirement de ne pas commettre trop de péchés. Parmi ceux-là, il en est un qui m’intéresse tout particulièrement, le péché d’orgueil. C’est là l’un des péchés capitaux, l’un des plus graves qui soient. Considérons maintenant les différentes formes de croyances. La plupart ne m’inspirent que le qualificatif de bénignes et inoffensives, mais il en est d’autres qui sont autrement plus agressives. Leurs pratiquants se considèrent comme détenant la vérité ultime, et que donc tous les autres ont tort. Et entre autres que tous ceux qui les contredisent sont au mieux manipulés par un démon, au pire en sont carrément, en passant par la case de la possession. Et ce sont les plus farouches défenseurs de l’existence de l’Enfer, et des conditions précédemment évoquées pour y entrer.

Et ici, vois-tu, lecteur, je décèle un problème, et non des moindres. Car en effet, il se trouve que pour continuer à soutenir que l’on détient la vérité universelle, envers et contre tout et tous, sans jamais douter un instant, il faut une bonne dose d’orgueil. Fait amusant, selon ces gens là, le doute est également un péché grave, même si non-capital. Je suppose que tu vois comme moi le piège se refermer. Si l’on ne croit pas à leur façon, on est d’essence démoniaque, et donc bon pour l’Enfer. Mais, ce qu’ils oublient de mentionner, c’est que si l’on croit selon leurs dires en les respectant à la lettre, on commet un péché capital, et se retrouve donc tout aussi près d’aller en Enfer. Et la position intermédiaire n’est pas permise, car c’est selon eux se moquer de leur dieu et se retrouver, encore une fois, destiné aux flammes infernales. Le Paradis auquel ces religieux aspirent avec dévotion est donc inatteignable, quelque soit la posture d’esprit que l’on adopte.

Fait intéressant, ce sont souvent ces mêmes gens qui dénoncent l’athéisme comme étant la source de vices, arguant sans fondements que seule la religion est source de morale. Outre le fait que, bien que farouchement athée, je dispose d’une morale, le raisonnement que j’ai tenu ci-dessus me permet de leur retourner la leçon. Si la principale motivation pour faire le bien autour de soi est d’aller au Paradis plutôt qu’en Enfer, et que cet objectif est comme nous l’avons vu inatteignable, alors, à quoi bon faire le bien autour de soi ? Autant se faire plaisir durant le bref laps de temps sur terre qui nous est alloué, et faire ce que « bon » nous semble. Après tout, Dieu ne nous a-t-il pas accordé le libre-arbitre ? Et si libre-arbitre il y a, alors autant s’en servir. Et tant pis pour les autres. En revanche, le rationalisme tant décrié par ces religieux peut fonder sa morale sur l’immortalité par le biais de sa progéniture, et la survivance ainsi assurée de son génome. L’humain ne pouvant survivre seul, il nous faut donc pour assurer notre survivance respecter l’autre dont notre survie dépend…

Trêve de mauvaise foi, si l’humain fait preuve de morale, ce n’est nullement par un raisonnement abstrait, mais par ses gènes bien concrets ! La survie d’une espèce dépend en partie de la capacité de ses membres à ne pas s’entretuer. Au niveau de l’individu, seul qui compte vraiment, cela signifie que celui-ci a de meilleures chances de survie s’il ne risque pas (trop)  de se faire massacrer par l’un de ses congénères lors d’une lutte territoriale. Partageant, de par la proximité des ancêtres, son génome avec ceux-ci, l’individu évite également de tuer ou mutiler son semblable. Cela peut sembler absurde et trivial, mais c’est là le fondement de la société. En effet, avant de songer à fonder une société, il vaut mieux que ses membres évitent de s’entretuer. Plaisanterie à part, c’est parce-que l’évitement du meurtre du congénère passe par une ritualisation de l’oscillation entre envie d’agression du congénère et peur de celui-ci, qui finit par être codée dans le génome. Une fois cette étape franchie, la partie « peur » du geste prend une signification d’apaisement du semblable agressif, ce qui dans certains cas permet la formation d’une société. Cela est confirmé par certaines déficiences d’origine génétique qui empêchent certaines personne de ressentir des remords, et ce de façon physiologique.

Cependant, cela ne suffit pas à expliquer la totalité des comportements composant la morale, et surtout la disparité de ce qui est considéré comme moral entre des cultures différentes. C’est là une autre forme de ritualisation, non plus fondée sur le génome, mais sur les capacités cognitives relativement développées de l’humain. Le processus est pour ainsi dire quasiment identique, bien que plus rapide, et crée des contraintes tout aussi fortes. Cela a été confirmé par des expériences sur des animaux sociaux évolués tels que les oies. A force de reproduire un même comportement, l’individu peut finir par développer des symptômes de manque s’il ne peut plus, ou s’il oublie de les effectuer, se traduisant par une grande angoisse et une forte agitation fort semblables à ce que nous ressentons lorsque nous savons avoir commis une faute. Et tout comme le génome, ces comportements sont transmis à la descendance de celui qui les développe par le biais de l’éducation. Ainsi, la plupart des êtres humains se comportent de façon morale non par choix, non par crainte, non par rationalisme, mais parce-qu’ils sont incapables d’agir autrement. C’est mon cas, et sans doute est-ce le tien. Même si la morale peut varier selon les individus, le code d’honneur d’un petit voyou pouvant ici y être assimilé.

Notre libre-arbitre n’est donc pas absolu, car nous sommes tout autant contraint par nos gènes que par notre éducation. La morale n’a rien de divin, elle peut être expliquée par des processus biologiques et physiologiques, et si nous la respectons, c’est parce-que nous sommes dans la plupart des situations incapables de faire autrement. J’ai tendance à me méfier de celui qui annonce suivre les règles de la morale par respect pour un quelconque dieu, car celui-là n’est rien d’autre qu’un hypocrite. Il ne te respecte probablement pas parce-qu’il en ressent la contrainte de lui-même, mais par la contrainte « extérieure » de son dieu. Cet individu a complexifié le processus menant à la morale en y rajoutant un dangereux intermédiaire : celui de la religion. Car il convient de ne pas oublier que, si la religion peut mener effectivement à la morale, nombreux sont ceux qui ont tué et sont morts en son nom. Un extrémiste religieux sera plus prompt à souhaiter la mort de quelqu’un ne partageant pas ses croyances que d’un autre. La religion est source de morale, parce-qu’elle est exhausteur de violence et doit pour sa survivance s’assurer que ses fidèles ne se massacrent pas entre eux. Les infidèles en revanche…