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Précision des sciences

25 novembre 2013 Laisser un commentaire

La capacité à observer, comprendre et modifier ce qui nous entoure est une chose très importante dans la définition de ce que nous sommes. En effet, la principale différence communément établie entre un être intelligent et une bête est la capacité à concevoir, construire au besoin, et surtout utilise des outils. Ce n’est pas pour rien que les espèces que nous jugeons les plus proches de nous en termes d’intelligence sont jugées selon ce facteur. Cette capacité est notre spécialité. A tel point qu’il me semble évident que c’est ce qui nous permet d’occuper la niche écologique où nous nous trouvons, quand bien même je serais totalement incapable de définir celle-ci avec précision.

Cette « intelligence », puisque c’est le mot que nous employons, nous a permis de subir une évolution culturelle, sur laquelle je n’ai ni le temps ni les compétences de m’étendre. Mais il me semble également évident que cette évolution culturelle inclut, que ce soit en cause ou en conséquence, et sans doute le plus souvent les deux à la fois, le raffinement de nos méthodes d’observation, de compréhension, et de modification de notre environnement.

Quelque part au cours de cette évolution, nous avons mis au point ce qui est couramment appelé la méthode scientifique. Et nous voici donc, lecteur, au point exact d’où je souhaite partir. Pourquoi alors, me demanderas-tu, fais-tu ces digressions préliminaires ? Pour mettre en contexte, et gagner du temps d’explication par la suite, te répondrai-je. En effet, vois-tu, rien n’est interprétable sans son contexte. Mais cela est une autre histoire, que je traiterai peut-être bien un jour ou l’autre. Mais revenons en à nos moutons.

Bêêêêêêêêh

Soyons ordonnés, soyons efficaces

La méthode scientifique a été bâtie par l’expérience, l’essai et l’erreur.  Elle nous sert à éviter de nous laisser leurrer par nos impressions et nos idées préconçues. Et même, dans une certaine mesure, par notre humanité. Mais elle souffre peut-être d’une faiblesse. Ayant été élaborée par l’essai et l’erreur, elle est en quelque sorte un outil créé par les sciences pour progresser dans les sciences. Or, la science est, et a toujours été, dépendante de nos cinq sens, étendus au besoin à l’aide d’outils allant du fil à plomb au cyclotron. Qu’en est-t-il si nos sens comportent une faiblesse intrinsèque et subtile, nous faisant nous méprendre sur la proximité de la vérité forcément subjective que nous propose la science avec la vérité absolue, presque par définition, inatteignable ?

Certes, comme tu me le diras, cette question n’a guère d’importance. Notre science fonctionne, me permet de te faire part de cette question qui, au fond est insoluble et donc résolue. Cependant, permets moi de spéculer quelque peu. Partons un instant du principe qu’un contact avec une espèce intelligente issue d’un autre systèmes stellaire sera un jour établi. Cette espèce aura connu des contraintes différentes au cours de son évolution, et sera donc très probablement assez différente de nous. Et c’est ici, lors de ce premier contact, que les différences et les biais supposables entrent en jeu, pour nos deux espèces. C’est en me demandant si le cumul de ces différences pourrait rendre l’humanité et cette nouvelle espèce incapables de communiquer que j’ai eu l’envie d’écrire cet article, afin d’y répondre.

Il n'y a qu'à espérer que le signe de la main ne soit pas une offense dans la culture de ceux qui trouveront cela

Cryptique, même pour nous autres, n’est-il pas ?

Bien évidemment, nous pourrions avoir de la chance, et contacter une espèce proche de la notre par son esprit, que ce soit par hasard ou parce que les lois de la sélection naturelle le veulent. Mais, a priori, le cas le plus intéressant est celui où l’interlocuteur est le plus grandement différent, n’est-ce pas ? Après tout, les rencontres les plus étranges sont bien souvent les plus enrichissantes, n’est-ce pas ? Surtout que cela ferait un excellent argument pour faire baisser d’un ton ceux qui clament que nous sommes seuls dans l’univers « parce que Dieu ». Ou dieux. Mais de toute façon, dieu partout.

Mais, vois-tu, je me demande si la courbe f(différence) = « difficulté de compréhension » ne serait pas logarithmique. Car en effet, je pense qu’à partir d’un certain degré de différence, la méthode scientifique, et ce qu’elle recouvre dans chaque cas, deviendrait indispensable à la communication, entrainant force calculs et protocoles spécifiques. cela rendrait fort semblables sur le fond l’échange de l’humanité avec d’autres êtres aussi différents entre eux qu’ils le sont chacun de l’humanité.

Ce qui me fait dire que les sciences sont la réponse aux faiblesses des sciences dans leur domaine est le concept de réalité objective. Toute inatteignable qu’elle soit, celle-ci n’en modèle pas moins la réalité subjective de chaque être vivant. Donc, au moins dans le cas des sciences appliquées telles que l’électronique ou la linguistique, elle sélectionne les procédés effectivement fonctionnels face à ceux ne pouvant qu’échouer.

J'espère au moins que ce n'est pas du gaspillage

Beauté expérimentale

Il me semble donc légitime de supposer qu’une espèce extraterrestre, bien qu’elle soit susceptible de décrire le monde d’une façon radicalement différente de la nôtre, emploierait finalement des méthodes ayant « aux yeux » de la réalité objective (permets-moi cet abus de langage) les mêmes mécanismes primordiaux, quand bien même ceux-ci nous échapperaient, à nous comme à cette espèce. Ces méthodes seraient donc probablement compatibles entre elles avec un minimum de coopération de part et d’autre.

En somme, s’il est très certainement légitime de se poser la question de la réalité de la description du monde que nous fournissent les sciences, il convient de se rappeler qu’elles n’en ont pas la prétention. Ce qu’elles cherchent est d’expliquer le monde selon selon des modèles décrivant ce que nous observons. Les sciences ne décrivent donc pas plus le monde qu’une maquette ne saurait être un véritable avion.

Le seul cas m’apparaissant comme problématique serait celui où il nous faudrait communiquer avec une autre espèce douée de capacités de raisonnement semblables aux nôtres par leur puissance mais non par leur fonctionnement intrinsèque. Mais, bien qu’en l’absence de possibilités d’expérimentation à ce sujet, et donc de confirmation, je pense que la compréhension mutuelle n’aurait rien d’insurmontable pour peu que nos espèce fassent preuve de bonne volonté et de rigueur, ou tout au moins leur équivalent extraterrestre.

Nécessité de la violence

La violence est abjecte. La violence manque totalement de grâce, de subtilité, qualités que j’estime extrêmement remarquables. Un monde idéal se passerait de violence. L’énergie ainsi économisé pourrait être employée à des actes autrement plus constructifs, comme la recherche ou l’aide à ses semblables, tâches autrement plus nobles. Pourtant, la violence subsiste. Dans toutes les cultures, à toutes les époques que nous connaissons, la violence demeure présente. Et, lecteur, es-tu davantage capable que moi d’imaginer un monde sans violence ? Au sens où nous l’entendons habituellement, ce serait un monde sans guerre, sans meurtre, sans vol, sans crime. Pouvons-nous réellement nous figurer ce monde-là ? Non seulement imaginer son existence, mais comprendre en profondeur son fonctionnement ?

Je doute que tu en sois davantage capable que moi. C’est que la violence est au cœur même de bon nombre d’actes qui nous sont familiers. Le sourire, et l’amitié par exemple. Quoi de plus éloigné de la violence que ces deux choses là ? Peu de choses en vérité, en apparence. Beaucoup de choses selon moi. Comment en suis-je arrivé à soutenir cela ? En me demandant quels étaient les fondements évolutifs de tels comportements. Le premier élément de la réponse est venu en songeant à ce que je ressens en leur absence, et en leur présence. En l’absence de sourire, je me sens agressé. En présence d’un ami, je me sens comme étant avec lui contre le monde extérieur, tout au moins dans la forme la plus primaire que je sois capable d’imaginer, il s’agit donc d’une forme d’agression contre le reste du monde.

Cet acte et ce sentiment ont donc un lien avec la violence, par le biais de l’agression. Le sourire devait à l’origine être un geste d’apaisement, destiné à réduire l’agressivité d’un congénère à notre encontre. L’amitié, un lien primaire permettant d’accroître par l’union la force et donc le statut de deux individus au sein d’un groupe. Ces liens ont bien sur changé de signification, par le biais de l’évolution, mais surtout celui de la culture, qui est tout aussi fort, et qui varie plus rapidement. Ils gardent néanmoins une trace de leur signification originelle, d’où le fait que je me sente mal à l’aise, comme agressé lorsque je me retrouve face à une personne ne souriant absolument pas, et que je me sente plus fort dans un groupe d’ami.

L’un des groupes les plus primaires qui composent notre société est donc fondé sur une certaine forme de violence. Le seul groupe plus fondamental encore est celui formé par la famille, à savoir la femelle et ses petits, le mâle étant élément dispensable une fois la tâche de la reproduction accomplie. Il revient donc à la femelle de protéger ses petits du monde extérieurs, que ce soient les prédateurs où les autres membres de son espèce qui chercheraient à étendre leur domination sur le territoire d’élevage. La femelle se doit donc d’être particulièrement agressive, y compris vis à vis des autres membres de l’espèce lors de la période où elle doit s’occuper de ses rejetons, lesquels ont donc besoin de développer un mécanisme d’inhibition de la violence de leur mère, sous peine de se faire tuer par celle-ci. Ainsi, une dinde sourde tuera ses petits, tandis qu’une dinde normale laissera un furet s’approcher du nid sans réagir, pourvu que celui-ci soit pourvu d’un haut-parleur diffusant le piaulement de ses enfants.

Mais pourquoi l’évolution ne permet-elle pas aux membres d’une même espèce de cohabiter pacifiquement entre eux ? S’il y a eu sélection dans le sens de l’agressivité intra-spécifique, c’est forcément qu’il existe des avantages à la laisser se développer. Ces avantages sont principalement liés au territoire, il est en effet commun de considérer que les querelles entre les animaux sont liées soit au territoire, soit à la reproduction. Les avantages des querelles entre mâles au sujet de la reproduction sont que le plus fort, donc le gagnant, fournira une meilleure progéniture à la femelle. Ceux liés au territoire sont eux liés aux ressources limitées au sein d’un même territoire. Les animaux n’ayant pas de territoire à proprement parler, tels les poissons vivant en banc en haute mer, sont ainsi totalement dénués de notion d’espace personnel, et peuvent vivre au contact les uns des autres.

Nous venons donc de voir que la violence est inhérente non seulement à l’espèce humaine en lui permettant de former une espèce sociable, mais aussi à l’ensemble du règne animal. La violence est une nécessité, sans laquelle notre espèce n’aurait sans doute jamais subsisté, et si elle l’avait fait, n’aurait sans doute pas grand chose « d’humain ». Cependant, crimes et guerres sont des preuves évidentes que la violence au sein de notre espèce est sur-développée. Nous sommes sans guère de doute les seuls être vivants à avoir jamais réussi à exterminer des millions de leurs semblables dans un seul acte de violence. Cela peut s’expliquer par le fait que les progrès culturels et surtout techniques de l’homme sont allés beaucoup plus vite que son évolution.

Pour les premiers, le fait est qu’alors que nous vivons en ayant conscience de l’existence de milliards de nos semblables et pouvant en croiser plusieurs centaines dans les endroits les plus fréquentés, nous ne sommes réellement capables de ne connaître vraiment qu’en moyenne une centaine d’individus, soit l’équivalent d’une tribu de belle taille. Pour les seconds, lorsqu’en domestiquant un minimum la nature, au point que les grands fauves eux-mêmes se sont mis à craindre nos armes de pierre taillée, nous nous sommes mis en dehors de la sélection naturelle. Mais pas de l’évolution pour autant. La sélection s’est alors faite sur des critères culturels. Or, la culture est fondée sur le groupe, lequel part de la violence au sein d’une même espèce. La violence qu’il n’était plus nécessaire de diriger contre notre environnement s’est donc redirigée contre nos semblables, et les meilleurs guerriers, et non plus les meilleurs chasseurs ont été sélectionnés par la culture, aboutissant à un accroissement de la violence intraspécifique par l’évolution elle-même.

L’humain est donc une espèce particulièrement violente. Pourtant, les artistes, philosophes et scientifiques nous montrent ce que cette violence, convenablement redirigée, est capable d’accomplir. Encore faut-il que chacun soit capable de réaliser cette redirection, ce qui relève de l’utopie à l’heure actuelle. Il est cependant possible d’augmenter la part de la population pouvant opérer cela, par l’éducation. Même minimale, celle-ci permet à la majorité de comprendre l’autre, donc de s’en rapprocher, et d’être moins susceptible de lui faire du mal ; ce qui force à rediriger la violence vers des voies plus créatives. Cependant, il restera sans doute toujours une minorité imperméable à cela, ne serait-ce que pour cause de folie. Il est hélas nécessaire de se protéger de cette minorité là par les mêmes moyens qu’elle emploie pour s’exprimer : la violence. C’est là la première légitimité de la violence institutionnelle, de la loi qui établit les règles au policier qui les fait respecter.

Créationnistes : pourquoi je vous aime

L’une des grandes questions à laquelle les humains cherchent une réponse est : « D’où venons nous ? ». N’importe quelle religion digne de ce nom a une réponse à cette question, comme celle-ci. Et même les moins sérieuses en ont. Elles tentent toutes de nous dire comment tout d’abord l’univers puis les humains sont apparus (il s’agit bien de deux questions différentes). Si tu veux bien, je me cantonnerai aux religions monothéistes. C’est qu’à cause de la pléthore de religions existant de par le monde, mieux vaut se fixer un champ d’analyse restreint à celles qui rassemblent le plus de fidèles. Ces religions ayant la particularité de vénérer, le même Dieu et donc d’avoir une idée pour ainsi dire identique quant à la création du monde, j’emploierai pour les désigner le singulier. Enfin, il me faut t’annoncer clairement le but de mon discours : m’attaquer au mythe des origines de cette religion.

Vaste entreprise. C’est pourquoi mon attaque te fera sans doute l’effet de voir un moustique piquer un éléphant. Cependant, je me dois te t’exposer les raisons de cette attaque : c’est une manifestation de mon exaspération face au créationnisme. Sa thèse est inattaquable, de par sa constitution de foi, et nul ne peut se battre contre du vent. Ou alors, il n’obtiendra pas de grands résultats. Non, je ne veux convaincre personne. Je veux irriter ceux qui s’imaginent qu’une entité infinie est à l’origine de toute chose. Je hais les religions, les croyants m’irritent dès lors qu’ils affichent trop franchement leurs idées. Je me fends donc ici d’une réponse mesquine et sans grand autre intérêt que de me soulager.

Me soulager de tout ce qui m’irrite commence donc ainsi : le mythe biblique de la création est une idée d’une laideur sans nom. Elle est lourde, dénuée de poésie, n’a rien d’épique, se contente d’un déroulement assez linéaire pour me rendre neurasthénique s’il s’avérait qu’elle fusse vraie.Un démiurge se contente de créer des choses, les unes après les autres, et leur donne une hiérarchie bien précise. Peut-être trouve-t-on dans ce mythe ce qui m’exaspère le plus dans les mentalités nourries à la Bible : la suffisance d’être le summum de tout ce qui existe. L’incapacité à concevoir le mieux. La seule chose qui soit au-dessus de nous serait insurpassable par définition, et pis, nous serions condamnés à la servir.

Parlons en d’ailleurs de ce Dieu unique. Il est supposé être parfait. Infiniment savant, donc omniscient. Infiniment puissant, donc omnipotent. Si nous sommes le sommet de la sa création, alors comment avons nous pu chuter par le pêché originel ? Tu sais comme moi que celui-ci est supposé être le fait d’avoir mangé le fruit défendu. Qu’Adam et Ève savaient, de la bouche de Dieu être défendu. Or, tu as sans doute remarqué comme moi qu’il est dans notre nature d’être tentés par ce qui est défendu. Dieu le savait forcément puisqu’il est supposé être omniscient. Il pouvait y remédier, étant omnipotent. Pourquoi n’a-t-il donc rien fait ?

Pire encore : ces religions prétendent que Dieu permet le mal car il veut laisser le libre arbitre à sa création. Mais la simple existence de ce dieu rend impossible le libre arbitre. Dieu est omniscient : il connait tout du passé, du présent… et du futur. Il ne peut pas non plus se tromper. Si cela est vrai, le libre arbitre ne peut pas exister. Même si nos souffrances, nos peines, nos joies sont réelles, leur enchaînement a été connu de tout temps par une entité extérieure. Leur cours de nos vies s’allonge, et nous ne pouvons rien y changer, juste avoir l’impression de changer quelque chose, car le contraire signifierait que Dieu se serait trompé, ce qui est par définition impossible. Le criminel ne serait donc pas à blâmer.

Mais intéressons nous à ce Dieu omniscient. Et uniquement à lui. Son omniscience étant absolue, elle s’applique également à ses propres actions. Ne pouvant se tromper, il est lui aussi sur les rails de sa destinée : il est incapable de changer quoi que ce soit à ses plans sous peine de contredire son omniscience, ce qui est impossible. Il aurait donc de tout temps décidé de ses actions. Il serait l’immuabilité, une chose laide car orgueilleuse et figée, sûre et à raison de n’avoir de comptes à rendre à personne, pas même à elle-même. Comment Dieu peut-il donc se permettre de différencier le Bien du Mal dès lors qu’il n’a pas d’égal à qui rendre compte ? Il va de soi que sa définition ira dans son sens, elle sera orientée pour lui convenir. Le Bien de la Bible n’est donc pas le Bien absolu, de même que le Mal tel qu’il est défini dans la Bible ne saurait prétendre à être objectif.

De toutes façons, tout mon discours est inutile : l’évolution des espèces est un fait, et non une théorie, la théorie dite de l’évolution se contentant de tenter de décrire ses mécanismes. Les dieux, et plus précisément le Dieu des religions du Livre, étant des abstractions dont il est impossible de démontrer la véracité, mon raisonnement ne permet de ne dicter aucune conduite concrète, car il ne parle que de futilités. Considères donc ce texte, lecteur, davantage comme un exercice de style que comme un réel raisonnement.

L’humain et l’évolution

4 janvier 2011 4 commentaires

J’ai précédemment discouru sur notre place face à ce qui nous entoure de façon générale. Mais il me semble intéressant de me pencher sur cette même question en prenant un autre point de vue. L’homme, comme la totalité des espèces vivantes, est issu de l’évolution d’espèces différentes par mutation aléatoire et sélection naturelle conduisant à une modification de celles-ci. C’est là un phénomène constant, totalement imperceptible à notre échelle de temps, sauf peut-être sur certaines souches de virus et autres bactéries qui développent par exemple des résistances aux remèdes que nous leur opposons. Il s’applique en théorie à tout ce qui vit, dans la mesure où il s’agit de l’opposition des individus pour transmettre leur patrimoine génétique à la génération suivante, quelques en soient les moyens. Ici est une des choses dont je vais traiter : comment, de ce but purement égoïste peuvent émerger des comportements altruistes, que nous pouvons désigner ici sous le terme de morale ?

La réponse me semble aisée à trouver, c’est pourquoi il me faudra ensuit discourir d’autre chose. Commençons donc. En la matière, la première question qu’il te faut te poser est : quel avantage est-ce que j’en tire ? Comment suis-je favorisé si j’aide quelqu’un ? En entrant très prudemment dans une logique d’opposition pour en ressortir aussitôt car elle est dangereuse ici, il est possible de se demander : en quoi la morale me lèse-t-elle lorsque je me fais aider ? La réponse à cette dernière question me semble être que je suis redevable à celui qui m’aide, car en échange de son service, je lui promets, explicitement ou implicitement un service en retour. Ce retour de service est donc une première bonne raison d’aider les autres même en se positionnant dans une posture purement égoïste.

En partant de ce principe, on peut dire que cela forme les bases de toute société humaine, la fondant sur la mutuelle redevabilité des individus qui la composent, qui se fortifient mutuellement car pour recevoir de l’aide, il faut s’arranger pour que celui dont on l’attend soit en mesure de la fournir, soit peut-être l’aider auparavant même dans un autre domaine. Mais je dirais pour ma part qu’il existe une autre raison encore plus basique qui nous avantage lorsque nous aidons un autre individu. C’est que cet individu, de par sa simple appartenance à la même  espèce que nous transporte une partie de notre patrimoine génétique, ce qui est d’autant plus vrai s’il appartient au même groupe que nous, ce qui recoupe le raisonnement que je viens de tenir en nous avantageant d’autant plus lorsque nous aidons nos proches.

J’ai annoncé que les phénomènes à l’origine de l’évolution des espèces s’appliquaient en permanence à touts les individus de toutes les espèces. Il me faut cependant modérer le caractère absolu de cette déclaration. Il existe en effet peut-être une exception : notre propre espèce, l’humain. Notre mode de vie nous permet en effet de permettre à des individus parfois lourdement handicapés physiquement ou mentalement alors qu’ils n’auraient eu aucune chance sans les structures mises en place par nos civilisations. En leur fournissant aide et assistance, nous assurons leur subsistance et parfois la transmission de leurs gènes. Les gènes porteurs d’un dysfonctionnement peuvent donc se transmettre plus librement et davantage se perpétuer.

Ne t’y trompes pas lecteur, ceci n’est nullement un appel à l’eugénisme. L’eugénisme consiste à éliminer par nous-mêmes certains caractères génétiques. Je vois pour l’instant deux raisons de l’éliminer situées hors de la morale. Il faut remarquer que certains caractères n’ont pas que des effets négatifs : je veux pour exemple le cas de l’anémie falciforme qui donne aux globules rouges une forme de faucille, diminuant l’efficacité du transport de l’oxygène dans le sang et engendrant affaiblissement et retard de croissance. Si le gène responsable de cette maladie est présent en deux exemplaires, le fœtus n’est tout simplement pas viable. En revanche, cette anémie protège contre certains des effets du paludisme, entrainant notamment en Afrique dans les régions où cette celui-ci est très fortement présent de grandes concentrations de cas d’anémie car la sélection naturelle favorise les individus présentant cette altération génétique.

Ainsi, un dysfonctionnement d’origine génétique peut très bien avoir certains avantages qu’il convient de conserver dans les possibilités de notre espèce. L’humanité pourrait très bien un jour devoir sa survie à ce qui était auparavant considéré comme une déficience, notamment en cas d’apparition d’une nouvelle maladie. Ne caricaturons pas : je doute que seuls les individus porteurs d’une telle déficience ne survivent si c’était le cas. Mais ils pourraient être indispensables à la mise au point de traitements adaptés en permettant l’identification d’une molécule protectrice qu’ils produiraient par exemple. Ne sachant pas quels gènes peuvent s’avérer utiles dans l’avenir, il est inutile de gaspiller nos moyens à tenter d’appauvrir notre patrimoine génétique. Attention cependant car il ne s’agit que d’une conclusion provisoire car se passant de la morale. Sans guère développer, je dirai qu’en prenant en compte celle-ci, donc la souffrance des malades, il faudrait développer tous les traitements possibles contre ces maladies, y compris et surtout la thérapie génique. Dans le cas où la maladie peut être dépistée avant la naissance et est incurable et lourde, l’avortement n’est pas à écarter, surtout si ce gène doit être présent en double exemplaire pour déclencher le maladie.

Mon second argument est celui-ci et vient en complément du précédent : le jeu n’en vaut pas la chandelle. J’ai déjà annoncé qu’il était selon moi potentiellement néfaste à long terme d’éliminer toute trace d’une maladie génétique. Mais admettons que nous nous y attelions malgré tout. Il nous faut pour y parvenir empêcher le gène ciblé de se transmettre aux générations suivantes. Nous commencerons donc idéalement par un dépistage, obligatoire dans l’idéal, sur l’ensemble de la population. Premier défaut : ces tests ne sont jamais totalement fiables, et laissent passer certains cas positifs et surtout donnent bien plus de résultats positifs n’ayant en réalité rien du tout que de positifs ayant effectivement quelque chose. Mais admettons que nous soyons prêts à empêcher de se reproduire une part bien plus importante que de raison de notre population. Mais comment ? Le dépistage est déjà très cher. Le plus simple et le moins cher serait de les tuer. Mais nous nous éviterons la plupart des ennuis moraux en nous contentant de les stériliser. Très bien, nous avons maintenant quasiment exterminé la maladie. Mais le test n’est pas totalement fible, tout le monde n’a pas pu le passer… Il faut donc pour parachever le travail continuer le dépistage et la stérilisation sur plusieurs générations dès la naissance, stérilisation devant s’appliquer au nouveau-né porteur du gène, même non malade, comme à ses parents, car au moins l’un d’entre eux est porteur de la maladie. Et même ainsi, l’éradication est incertaine. Oh, j’oubliais : ce processus doit être appliqué à l’échelle mondiale ou la maladie pourra repartir n’importe quand depuis les foyers restants.

Nous obtenons donc une débauche de moyens incroyable pour une seule maladie. Si l’on considère que comme vu précédemment cela n’est pas nécessairement de la plus grande utilité, que d’autres traitements du problème peuvent être mis en place pour le même coût (car ne s’appliquant qu’à la population présentant les symptômes de la maladie) et enfin que les méthodes de l’eugénisme sont répréhensibles par la morale, tout cela ne vaut vraiment pas la peine. Sans compter que les individus stérilisés et leur famille deviendront des ennemis du pouvoir politique nécessaire à la mise en place d’un tel système, ce qui fragilisera le-dit système, l’empêchant éventuellement de poursuivre ses objectifs et donc rendant toute cette débauche d’argent vaine. Face à cela, le soin de la maladie entraîne la bienveillance de ceux qui sont soignés et de leurs proches, renforçant d’autant le système.

Nous avons donc commencé par voir que du point de vue de l’évolution, la morale était pour nous nécessaire car garante de la société qui est indispensable à chacun d’entre nous. Nul humain ne saurait survivre sans l’aide de ses semblables. L’isolement dégénère même chez certains en mélancolie. Ayant considéré l’évolution, l’homme et la morale, nous avons ensuite dérivé vers le champ des divagations engendrées par l’évolution qu’engendre la morale à savoir l’eugénisme, que nous avons trouvé contre-productif, cher et dangereux.

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